Après un mois de crise, un accord a été conclu hier au Kenya. On peut espérer qu'il mettra un terme aux violences qui ont suivies la réélection du président Mwai Kibaki : plus de mille morts, au moins 300.000 personnes déplacées. Des irrégularités avaient été relevées pendant le scrutin et avaient déclenché des troubles.
Lors de ces élections, le président Kibaki n'a obtenu qu'un nombre négligeable de voix dans les régions dominées par les ethnies Kalenjins, Luos et Luhyas, et Raila Odinga, son principal opposant, n'a eu le droit à quasiment aucun suffrage dans la Province centrale, fief des Kikuyus. Même si la position dominante des Kikuyus sur les plans économique et politique explique partiellement le phénomène, celui-ci, par son ampleur, signifie que les Kenyans ont suivi les « usages locaux » et voté principalement sur des critères tribaux : « les jeunes électeurs – l'avenir “détribalisé” de l'Afrique – ont voté comme leurs grands-mères et leurs tantes. » . Les élections libres sont un outil créé par le vMème ORANGE, mais elles ne sont pas suffisantes pour installer ORANGE ; dans un pays dominé par VIOLET et/ou ROUGE, elles ne font que retransmettre ces niveaux. Dans ce cas, du VIOLET pendant les élections et du ROUGE après chez les perdants, puis aussitôt chez les gagnants. Peu importent les conséquences des violences puisqu'elles ont permis de « retrouver [sa] dignité », comme l'affirme Joseph Amuga, un Luhya d'Eldoret.
« C'est l'Afrique ! », soupireront certains.
Peut-être, mais ce n'est pas très différent ailleurs. Par exemple, en France, au second tour des élections présidentielles de mai dernier, Nicolas Sarkozy a obtenu 86,81% des voix à Neuilly sur Seine, soit trente-trois points de plus que la moyenne nationale : difficile de croire que les Neuilléens n'ont pas voté avant tout pour l'enfant du pays… De même, dans les primaires démocrates qui se déroulent actuellement aux États-Unis, le pourcentage de Noirs votant Barack Obama (82% lors du Super Tuesday) et de femmes votant Hillary Clinton est beaucoup plus élevé que ce que justifierait une répartition sur la seule base des programmes.
Tribal, vous avez dit tribal ?
Source 1 : Charles Onyango-Obbo, "Le tribalisme empoisonne la jeunesse", Courrier international, N° 900, 31 janvier 2008, p. 30
Source 2 : Sarah Childress, "Pourquoi les Kényans s'entre-déchirent", Courrier international, N° 901, 7 février 2008, p. 29
Source 3 : Michael Kranish, "Fracture sociologique chez les démocrates", Courrier international, N° 902, 14 février 2008, p. 24
Commentaires
jeu 20 nov 08, 08:44
Bonjour Aurore, [i]"L'amour est conditionnel à tous les a utres niveaux de la prem [...]
jeu 20 nov 08, 07:44
Bonjour Samy, "Utopiste ?" Je crois. Effective ment, un degré minimum d [...]
mer 19 nov 08, 21:28
Salut, Merci à tous pour ce tte belle discussion. Elle fai t tout à fait sens dans [...]
mer 19 nov 08, 12:50
Bonjour Fabien, Je trouve t oujours très surprenant et dom mageable pour le fonctio [...]
mer 19 nov 08, 08:40
Bonjour Wallace, Tu as tota lement raison sur la légitimit é de la tristesse des co [...]
mar 18 nov 08, 15:06
Je comprends que des députés p uissent avoir du chagrin en pe nsant à la dépression et [...]
mar 18 nov 08, 15:00
Oui, c'est exceptionnel de voi r un journaliste manifester un e telle implication émot [...]
mar 18 nov 08, 07:34
Bonjour Samy, Merci pour ta participation et ton apprécia tion positive sur mon tr [...]
lun 17 nov 08, 10:40
Bonjour Fabien, Je trouve a ussi cette intervention toucha nte et belle. Tu insi [...]