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« La connaissance de soi est une naissance à sa propre lumière, à son propre soleil. L'homme qui se connaît est un homme vivant. »
- Marie-Madeleine Davy
« Celui qui sera étudié lui-même sera bien avancé dans la connaissance des autres. »
- Denis Diderot
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Lundi 25 février 2008
Bonne nouvelle pour les mèmes
Deborah Rogers et Paul Ehrlich, deux chercheurs de l'Université de Stanford, ont analysé le taux de changement de 134 caractéristiques des canoës utilisés par les populations de onze groupes d'îles d'Océanie. Un peu comme Charles Darwin s'était intéressé à l'adaptation de la forme du bec chez les pinsons des Galapagos.
Sur les 134 éléments étudiés, 38 étaient purement décoratifs et symboliques et 96 avaient un impact sur la navigabilité des canoës, et donc avaient un impact sur la survie de ses occupants. L'analyse statistique du rythme de changement de ces caractéristiques a démontré que celles qui étaient fonctionnelles évoluaient plus lentement que les autres d'une manière semblable à ce qui se passe dans le génome humain quand la sélection naturelle est à l'œuvre.
Cela n'a l'air de rien, mais c'est une percée fondamentale dans la compréhension du fonctionnement des cultures humaines, au point que la publication, le 19 février dernier, de ces résultats a immédiatement provoqué des réactions d'un enthousiasme rare : Jared Diamond de l'Université de Los Angeles a parlé d'une « percée décisive » et Nina Jablonski, qui occupe la chaire d'anthropologie à l'Université de Pennsylvanie, a déclaré que cette étude était « révolutionnaire » et « une des plus importantes de ces vingt dernières années en anthropologie ».
En effet, le fait que les cultures humaines soient soumises à la sélection naturelle comme le sont les gènes est un sujet très controversé. Certains historiens, sociologues et biologistes en étaient depuis longtemps convaincus, alors que d'autres pensaient que les croyances et les comportements des êtres humains étaient totalement imprévisibles. Jusqu'à ce travail de Deborah Rogers et Paul Ehrlich, il n'y avait aucun argument déterminant dans un sens, ni dans l'autre. Les partisans de l'approche évolutionniste de la culture viennent de marquer un point peut-être décisif.
Quand ils ont forgé le terme de vMème pour nommer les niveaux d'existence de Clare Graves, Don Beck et Christopher Cowan ont placé la Spirale Dynamique dans le camp évolutionniste, alors que rien ne le nécessitait et que cela fragilisait plutôt le modèle. D'où aujourd'hui une certaine satisfaction…
Source : Deborah S. Rogers & Paul R. Ehrlich, "Human culture is subject to natural selection"
Mercredi 20 février 2008
Une grande amoureuse
Elle s'appelle Leah et a sa place au panthéon des gorilles des plaines de l'ouest, une des quatre sous-espèces de gorilles. En 2005, elle avait été la première de son espèce à utiliser un outil dans un milieu naturel : elle avait cassé un bout de bois et l'avait utilisé pour sonder une mare avant de la traverser. Aujourd'hui, comme le montre la photo ci-contre, elle est la première vue dans la nature en train de copuler en position ventro-ventrale, un face-à-face qui n'est courant que chez les êtres humains et les chimpanzés bonobos, et qui aurait été observé chez les gorilles de montagne, mais n'a jamais été photographié.
Nous l'avons souvent évoqué sur ce blog, il est chaque jour plus difficile de définir ce qui sépare les êtres humains des animaux : si Leah invente la position du missionnaire, c'est sans doute qu'elle a une âme ! Plaisanterie mise à part, il s'agit là d'un changement considérable des conditions de vie, sans doute une des raisons majeures pour lesquelles les vMèmes de la deuxième boucle quittent l'humanocentrisme des niveaux d'existence précédents pour une volonté de préserver toute vie.
Du point de vue de la théorie de la Spirale Dynamique, il est intéressant de constater que la frontière entre êtres humains et animaux était déjà floue en BEIGE et VIOLET. Ainsi, conformément à l'hypothèse des boucles, JAUNE et TURQUOISE sont confrontés au même problème, mais ont à le traiter à un niveau de complexité très différent et par une réflexion post-rationnelle et non pas prérationnelle.
Source : John Delaney, "Study garners unique mating photos of wild gorillas", Wildlife Conservation Society
Vendredi 15 février 2008
De Nairobi à Washington… en passant par Neuilly
Après un mois de crise, un accord a été conclu hier au Kenya. On peut espérer qu'il mettra un terme aux violences qui ont suivies la réélection du président Mwai Kibaki : plus de mille morts, au moins 300.000 personnes déplacées. Des irrégularités avaient été relevées pendant le scrutin et avaient déclenché des troubles.
Lors de ces élections, le président Kibaki n'a obtenu qu'un nombre négligeable de voix dans les régions dominées par les ethnies Kalenjins, Luos et Luhyas, et Raila Odinga, son principal opposant, n'a eu le droit à quasiment aucun suffrage dans la Province centrale, fief des Kikuyus. Même si la position dominante des Kikuyus sur les plans économique et politique explique partiellement le phénomène, celui-ci, par son ampleur, signifie que les Kenyans ont suivi les « usages locaux » et voté principalement sur des critères tribaux : « les jeunes électeurs – l'avenir “détribalisé” de l'Afrique – ont voté comme leurs grands-mères et leurs tantes. » . Les élections libres sont un outil créé par le vMème ORANGE, mais elles ne sont pas suffisantes pour installer ORANGE ; dans un pays dominé par VIOLET et/ou ROUGE, elles ne font que retransmettre ces niveaux. Dans ce cas, du VIOLET pendant les élections et du ROUGE après chez les perdants, puis aussitôt chez les gagnants. Peu importent les conséquences des violences puisqu'elles ont permis de « retrouver [sa] dignité », comme l'affirme Joseph Amuga, un Luhya d'Eldoret.
« C'est l'Afrique ! », soupireront certains.
Peut-être, mais ce n'est pas très différent ailleurs. Par exemple, en France, au second tour des élections présidentielles de mai dernier, Nicolas Sarkozy a obtenu 86,81% des voix à Neuilly sur Seine, soit trente-trois points de plus que la moyenne nationale : difficile de croire que les Neuilléens n'ont pas voté avant tout pour l'enfant du pays… De même, dans les primaires démocrates qui se déroulent actuellement aux États-Unis, le pourcentage de Noirs votant Barack Obama (82% lors du Super Tuesday) et de femmes votant Hillary Clinton est beaucoup plus élevé que ce que justifierait une répartition sur la seule base des programmes.
Tribal, vous avez dit tribal ?
Source 1 : Charles Onyango-Obbo, "Le tribalisme empoisonne la jeunesse", Courrier international, N° 900, 31 janvier 2008, p. 30
Source 2 : Sarah Childress, "Pourquoi les Kényans s'entre-déchirent", Courrier international, N° 901, 7 février 2008, p. 29
Source 3 : Michael Kranish, "Fracture sociologique chez les démocrates", Courrier international, N° 902, 14 février 2008, p. 24
Dimanche 10 février 2008
Gamma ROUGE ?
Dans notre analyse de l'action d'Atatürk, il y a plus de trois ans, nous avions placé la Turquie dans la transition BLEU/ORANGE. Ce constat global résumait bien évidemment une grande diversité, et si certaines parties de la population sont clairement en ORANGE, d'autres culminent en BLEU, voire dans certains des niveaux précédents de la Spirale Dynamique.
Le chanteur et écrivain turc Zülfü Livanelli s'alarme, lui, de la montée du vMème ROUGE :
« Ces derniers temps, je reçois de nombreux coups de téléphone d'amis révulsés par l'ambiance de violence extrême qui règne en Turquie et dont ils lisent le récit dans les journaux. Certains expriment leur “envie de partir”, d'autres disent ne plus reconnaître le pays dans lequel ils vivent. En ce qui me concerne, ces réactions me paraissent justifiées. En effet, nous vivons – ou tout au moins nous essayons de vivre – dans un environnement qui est désormais dominé par la terreur. […] Faisons le compte, il y en a tant qu'on veut : des agressions en pleine place Taksim contre de jeunes étrangères terrorisées, le meurtre d'un homme pendant une soirée dansante par son ami qui lui a ensuite tranché le pénis, l'assassinat de jeunes filles qui respiraient la joie de vivre par un chauffeur de minibus complètement ivre…
« Notre société est au bord du gouffre. La culture au sein de laquelle nous évoluons ne fait plus que fabriquer des criminels. Ne me dites pas que cela ne vous concerne pas : ce genre de chose peut vous arriver à tout moment, à vous ou à l'un de vos proches. Nous sommes vraiment en train de devenir dingues. »
Réelle régression du pays ou creux γ d'une partie centrée en BLEU et allant vers ORANGE ? La deuxième hypothèse est plus optimiste ; est-ce la plus probable ? C'est une solution venant de ORANGE et un peu idéaliste que préconise Zülfü Livanelli : « Ce n'est ni la police ni tout l’arsenal législatif et répressif qui pourra stopper ce phénomène, qui a pris des proportions trop importantes. La seule solution et le seul remède pour s'en sortir, c'est la culture ! Rien d’autre ! Lorsque nous aurons réussi à remplacer cette culture de la violence par une culture humaniste, nous serons sauvés. Sinon, nul ne sait comment se terminera cette folie. »
Source : Zülfü Livanelli, "Notre culture fabrique des criminels", Courrier international, N° 898, 17 janvier 2008, p. 23
Mardi 5 février 2008
Le sport est-il un remède à un excès de ROUGE ?
Un sport comme le football implique une domination physique de son adversaire, et cette domination est récompensée par une attention positive des autres joueurs, de l'entraîneur, des supporteurs, voire de la société en général. Derek A. Kreager, qui enseigne la sociologie à l'Université de Pennsylvanie, a comparé la violence manifestée en dehors des stades par des sportifs à celle du reste de la population. Son étude ne porte que sur des personnes de sexe masculin.
Par rapport à un non-athlète, un footballeur a une probabilité 40% plus élevée d'être impliqué dans une bagarre sérieuse. Le taux monte à 45% pour un lutteur. Pour Kreager, « les joueurs ont tendance à être violent en dehors du sport parce qu'ils ont été récompensés pour l'avoir été dans le sport. » À l'inverse, la pratique du basket ou du base-ball est sans effet, et celle du tennis diminue de 35% le risque de se battre.
Cette violence est contagieuse ! Un homme qui ne pratique pas le football, mais qui n'a que des amis footballeurs, a 8% de plus de risques de se battre que quelqu'un qui n'en connaît pas, et 25% de plus qu'un individu n'ayant que des amis jouant au tennis.
Derek Kreager conclut : « Mes résultats suggèrent que les sports impliquant un niveau élevé de contact physique ne réussissent pas à protéger les mâles de la violence interpersonnelle. Les joueurs reçoivent de la part des parents, de leurs pairs, des entraîneurs et de toute leur communauté des signaux qui encouragent la violence comme moyen d'obtenir la victoire sur le “champ de bataille” et de devenir plus populaires. Ils développent en conséquence une “identité” de guerrier. »
En Spirale Dynamique, on a tendance à considérer que la pratique du sport est un bon moyen de canaliser l'agressivité de ROUGE. Les travaux de Derek Kreager montrent clairement qu'il ne s'agit pas de confier cette tâche à n'importe quel sport. Kreager recommande de ne pas faire pratiquer des sports de contact à des enfants ou adolescents dont l'agressivité est forte et difficilement contrôlable, et bien sûr de sanctionner sévèrement tout acte de violence commise par un joueur sur un terrain de sport.
Source : Kreager, Derek A., "Unneccessary Roughness ? School Sports, Peer Networks, and Male Adolescent Violence", American Sociological Review, Volume 72, N° 5, Octobre 2007, pp. 705-724

Commentaires
dim 06 jui 08, 16:49
Bonjour Christian ! Les Ind iens de Colombie Britannique a vaient résolu ce genre d [...]
jeu 03 jui 08, 17:32
Je me souviens, Fabien et Chri stian, qu'au début des années 1970, cette représentati [...]
jeu 03 jui 08, 14:02
Bonjour Christian, Rassure- toi, les scientifiques de la N ASA sont de grands intui [...]
jeu 03 jui 08, 13:30
Bonjour Fabien, Voici donc la preuve physique extérieure indéniable qui permet de [...]
mer 02 jui 08, 13:09
Bonjour à tous, Aurore et C oriolan, voici les dernières p etites nouvelles du Kera [...]
lun 30 jun 08, 10:39
À propos du même film, ma femm e a trouvé une autre interview dans laquelle [url=http [...]
lun 30 jun 08, 09:32
Bonjour Jorune, Merci d'avo ir cherché la citation complèt e. Seuls les actes pe [...]
dim 29 jun 08, 19:19
Fabien, Je viens de récupér er la fin de la phrase, et aus si le contexte de la phr [...]
dim 29 jun 08, 06:23
Bonjour à tous, Il me sembl e, Jorune, que tu as là une vi sion un peu trop [i]Peac [...]