Alexander McCall Smith a écrit une série de romans policiers se déroulant au Botswana. Dans Les larmes de la girafe, il nous trace un superbe portrait des vMèmes qui jouent un rôle important dans ce pays. Cela commence par une description très précise de ROUGE :
« Le voyage à Bulawayo se ferait donc. Elle s'estimait capable de se débrouiller. Parmi ceux qui avaient des ennuis, beaucoup ne devaient s'en prendre qu'à eux-mêmes : ils s'aventuraient en des lieux où ils n'avaient nulle raison de se trouver, ils lançaient des provocations aux mauvaises personnes, ils ne parvenaient pas à déchiffrer les signaux sociaux. Mme Ramotswe, pour sa part, s'adaptait à son environnement. Elle savait comment se comporter face à un garçon pénétré de sa propre importance, ce qui représentait, de son point de vue, le phénomène le plus dangereux que l'on pût rencontrer en Afrique. Un jeune homme armé d'un fusil était comme un sol miné : s'aviser de fouler au pied sa sensibilité – ce qui arrivait vite –, c'était s'exposer à de fatales conséquences. Si, en revanche, on l'abordait correctement – avec le respect dont de tels individus éprouvent un besoin maladif –, on parvenait à désamorcer la tension. Mais il ne fallait pas non plus paraître trop passif, auquel cas le jeune voyait une opportunité d'affirmer sa supériorité. Tout cela nécessitait une bonne appréciation des subtilités psychologiques de la situation. » (p. 226)
Et quelques lignes plus tard, le portrait de VIOLET est tout aussi juste :
« C'est ici qu'avaient vécu les siens et ces gens demeuraient, dans une large mesure, sa famille à elle. Si elle s'aventurait dans les rues de cette ville désorganisée et bavardait avec les vieilles personnes, elle était sûre de trouver quelqu'un qui saurait exactement qui elle était ; quelqu'un qui pourrait introduire son nom dans une généalogie complexe. Il y aurait des cousins aux premier, deuxième, troisième et quatrième degrés, des ramifications familiales à n'en plus finir, elle se verrait reliée à des individus qu'elle n'avait jamais rencontrés, mais avec qui elle éprouverait aussitôt une sensation de parenté. Si la petite fourgonnette blanche tombait en panne, elle pourrait ainsi frapper à n'importe quelle porte et espérer – à juste titre – cette aide que tout individu peut solliciter de ses frères batswana.
« Mme Ramotswe avait peine à s'imaginer sans famille. Il existait, elle le savait, des gens qui n'avaient personne dans cette vie : ni oncles, ni tantes, ni cousins, même lointains. Des gens qui étaient seuls au monde. Beaucoup de Blancs étaient comme cela, pour des raisons difficiles à comprendre. Ils ne semblaient pas désireux de posséder des liens de parenté et se trouvaient très bien tout seuls. Comme ils devaient se sentir solitaires ! Semblables à des astronautes plongés dans l'espace, flottant dans les ténèbres sans même ce cordon argenté déployé entre eux et la petite matrice métallique d'oxygène et de chaleur. Pendant quelques instants, elle laissa fleurir la métaphore et imagina sa petite fourgonnette blanche dans l'espace, tournoyant lentement sur fond de nuit étoilée, et elle-même, Mme Ramotswe, de l'Agence N° 1 des Dames Détectives de l'Espace, flottant en apesanteur, la tête en bas, rattachée à la petite fourgonnette blanche par une fine corde à linge. » (pp. 226-227)
Source : Alexander McCall Smith, Les larmes de la girafe, Paris (France), Éditions 10-18, 2003
Commentaires
jeu 20 nov 08, 08:44
Bonjour Aurore, [i]"L'amour est conditionnel à tous les a utres niveaux de la prem [...]
jeu 20 nov 08, 07:44
Bonjour Samy, "Utopiste ?" Je crois. Effective ment, un degré minimum d [...]
mer 19 nov 08, 21:28
Salut, Merci à tous pour ce tte belle discussion. Elle fai t tout à fait sens dans [...]
mer 19 nov 08, 12:50
Bonjour Fabien, Je trouve t oujours très surprenant et dom mageable pour le fonctio [...]
mer 19 nov 08, 08:40
Bonjour Wallace, Tu as tota lement raison sur la légitimit é de la tristesse des co [...]
mar 18 nov 08, 15:06
Je comprends que des députés p uissent avoir du chagrin en pe nsant à la dépression et [...]
mar 18 nov 08, 15:00
Oui, c'est exceptionnel de voi r un journaliste manifester un e telle implication émot [...]
mar 18 nov 08, 07:34
Bonjour Samy, Merci pour ta participation et ton apprécia tion positive sur mon tr [...]
lun 17 nov 08, 10:40
Bonjour Fabien, Je trouve a ussi cette intervention toucha nte et belle. Tu insi [...]