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Mercredi 1 août 2007
La Namibie en couleurs (1/3)
Qu'il s'agisse de la nature ou des populations, la Namibie semble un pays indéfinissable.
Visiter la Namibie, c'est passer en quelques jours d'une savane africaine où chassent les lions et paissent les rhinocéros, à des zones semi-arides que parcourent autruches, oryx et springboks, à des côtes où s'ébattent dans une mer froide otaries et baleines, à des déserts de rocaille et de sable rouge où une faune endémique s'est adaptée à des conditions de sécheresse extrême. Tout est d'une beauté sauvage dans ce « pays que Dieu a créé un jour de colère ».
Sur ces 825.000 km2, un territoire à peu près aussi grand que la France et l'Italie réunies, vivent moins de 1,9 millions d'habitants… appartenant à douze ethnies et parlant vingt langues différentes ! C'est dire que la Namibie n'a aucune unité culturelle.
Listons quelques unes de ces ethnies, les plus importantes et les plus remarquables.
On sait que la Namibie et les pays connexes font partie des plus anciennes zones de peuplement humain (cf. "30.000 ans de gagnés !"). Il ne reste aujourd'hui plus trace de ces populations originelles. Chassés des plaines d'Afrique centrale, les Bochimans (ou Sans) sont une des ethnies les plus anciennes du pays. Physiquement, ils ont la peau claire, les cheveux en grain de poivre, les yeux écartés et en amande, le pénis à l'horizontale pour les hommes et une réserve de graisse au niveau des fesses pour les femmes (stéatopygie), et ils sont de petite taille (1,55 m en moyenne). Vivant en groupes nomades d'une cinquantaine de personnes, les Sans n'ont aucune structure sociale, en dehors de la traditionnelle répartition sexuée des fonctions de chasse pour les hommes et de cueillette pour les femmes ; quelques rares règles définissent les relations familiales, entre tribus ou avec les étrangers. Les sorciers-chamans règlent les conflits, soignent les maladies et chassent les mauvais esprits. Régulièrement repoussés hors de leur territoire, les Bochimans ne sont plus aujourd'hui que 36.000 et peuvent être considérés comme en voie de disparition. Cela chagrine anthropologues et touristes occidentaux, mais indiffère les autres tribus qui voient dans les Sans des primitifs incapables d'évoluer. En termes de Spirale Dynamique, ils sont dans une des incarnations les plus simples de VIOLET, avec un BEIGE encore très fort.
Métis de Bochimans et de Bantous, les Namas ressemblent physiquement aux Sans, étant simplement un peu plus grands (1,60 m). Bien que nomades pour le plupart avec une technologie légèrement plus évoluée que les Bochimans (la hutte transportable), certains Namas sont passés au stade de l'agriculture, la propriété des terres restant collective. Ajoutons à cela culte des ancêtres et pensée animiste, et nous avons une culture culminant en VIOLET, elle aussi en phase d'extinction.
De présence très ancienne en Namibie, les Damaras ont un physique négroïde et pratiquent une langue à clics comme les Sans, mais plus complexe. Environ 120.000, ils pratiquent agriculture et élevage, mais on en trouve dans toutes les couches de la société. Ici, nous sommes avec un VIOLET en niveau dominant dans une culture proche de celle des Namas.
Les Hereros, environ 100.000 éleveurs, ont une structure sociale dans laquelle chaque individu appartient à la fois à un clan matrilinéaire gérant les droits d'héritage et à un clan patrilinéaire s'occupant des affaires religieuses (animaux et objets sacrés, feux ancestraux, tabous alimentaires, etc.). Le culte des ancêtres est au centre de leur vie spirituelle. VIOLET toujours.
Les Kavangos constituent des tribus matriarcales d'éleveurs dirigées par un chef héréditaire et qui réduisent en esclavage leurs ennemis. Ils sont positionnés en VIOLET et ROUGE sur la Spirale Dynamique.
Enfin, les Ovambos, 800.000 personnes, sont de très loin l'ethnie la plus importante de Namibie, même s'ils ne parlent pas tous la même langue. Là aussi, la société est matrilinéaire, et la tribu est gouvernée par un chef héréditaire ou un roi assisté d'un conseil de chefs ; ce système tend à disparaître en étant remplacé par un conseil des anciens. À chacun est attribué une terre, mais à la mort du cultivateur, le terrain est remis dans le pot commun et redistribué. VIOLET à nouveau.
Ces différentes ethnies, elles-mêmes constituées de groupes linguistiques et/ou de tribus différents, sont donc très majoritairement constituées autour du vMème VIOLET. Cela ne les unit pas, bien au contraire : chacune a non seulement ses ancêtres, ses rites et ses coutumes propres, mais aussi sa morphologie. Il est, même à un œil étranger, relativement aisé de les distinguer, d'autant que les métis sont rares et peu estimés. D'ailleurs, quand on vous présente une personne ou quand on vous parle de quelqu'un, son origine ethnique est une des premières choses mentionnées.
Qu'est-ce donc qu'être Namibien ? Cette question se pose bien sûr pour tous les pays, et plus encore pour ceux d'Afrique dont les frontières issues de la colonisation sont particulièrement artificielles ; nous avions déjà évoqué ce problème il y a quelques mois à propos du Sénégal.
La notion de patrie est étroitement liée au vMème BLEU, et c'est bien ce niveau d'existence qui est déterminant ici. La Namibie a été colonisée assez tardivement du fait de sa géographie. Une mer froide et agitée de tempête, appelée la Côte des squelettes, donnent directement sur le désert du Namib : « Ici, pas le plus petit avantage en perspective pour nos maîtres. Tout n'est que sable, rochers, tempêtes », note le capitaine hollandais Bode. Ce n'est qu'au XVIIIe siècle qu'arrivent les premiers colonisateurs anglais et allemands, et qu'entre 1882 et 1884 qu'Adolf Lüderitz réussit à convaincre l'Allemagne d'occuper réellement le pays.
Bien sûr les colons étaient accompagnés de missionnaires, et ceux-ci ont été remarquablement efficaces. En 1990, 97% de la population se disait chrétienne (protestante principalement), et cela fait une belle base en BLEU, même si, comme cela est habituel en Afrique, le christianisme s'ajoute aux croyances locales sans les remplacer.
Les colons ont surtout constitué pour les différentes ethnies un ennemi commun. Même si dans l'histoire de la Namibie, elle se sont beaucoup battues entre elles, elles ont (à l'exception des Sans et des Namas) lutté contre les Allemands et les Anglais. Parmi les ancêtres célébrés par toutes ces tribus, ceux qui ont lutté contre les colonisateurs ont un statut particulier, signe probable que la colonisation a été pour plusieurs d'entre elles un point β provoquant le passage en ROUGE.
Vint alors la Première Guerre mondiale. En 1915, profitant que les Allemands étaient fort occupés par ailleurs, l'Afrique du Sud envahit la Namibie. La Société des Nations leur donne le mandat de gérer le pays en 1920. En 1946, la Deuxième Guerre mondiale donne le prétexte à l'Afrique du Sud pour demander l'annexion du pays. Elle y met en place l'apartheid en 1959. L'année suivante, est fondée la SWAPO (South-West African People's Organisation), un syndicat à tendance marxiste qui deviendra un mouvement indépendantiste armé en 1967. L'échec militaire de la SWAPO sera total.
Il n'en est pas de même sur le plan politique. Au fur et à mesure que la communauté internationale se mobilise contre l'Afrique du Sud et l'apartheid, la SWAPO s'impose comme le seul interlocuteur namibien. En 1968, l'ONU retire son mandat sur la Namibie à l'Afrique du Sud, en 1970, elle aide financièrement la SWAPO et la déclare en 1973 « représentant unique et authentique du peuple namibien ». Les sanctions économiques prises contre l'Afrique du Sud ont un impact tel que même les milieux économiques blancs se rallient à la cause de l'indépendance namibienne. Des négociations tripartites ONU-SWAPO-Afrique du Sud aboutissent à l'indépendance de la Namibie le 21 mars 1990 ; c'est le dernier état d'Afrique à devenir autonome. Des élections libres donnent le pouvoir aux représentants de la SWAPO, qui seront réélus confortablement jusqu'à ce jour.
Tout est donc réuni pour la mise en place d'un BLEU laïque :
- Tous les groupes sociaux de la Namibie se sont retrouvés dans la cause de l'indépendance et contre l'Afrique du Sud. Ils ont ainsi tissé des liens réels : quand le traité aboutissant à l'indépendance a été signé le 22 décembre 1988, beaucoup d'observateurs s'attendaient à ce que les Blancs (afrikaners et allemands, 8% de la population) quittent le pays, mais s'ils ont fait leurs valises, c'est simplement pour aller passer les vacances de fin d'année sur la côte atlantique avant de venir reprendre tranquillement leurs affaires.
- L'ennemi commun qui a soudé les Namibiens n'existe plus puisque le régime de l'apartheid s'est effondré et que Mandela a occupé le pouvoir. Il n'y a donc pas de possibilité ou de tentation de revanche. Il reste néanmoins une légère inquiétude à propos de l'Afrique du Sud dont la Namibie est très dépendante économiquement.
Un Ovambo, Sam Daniel Shafiishuna Nujoma, a dirigé la SWAPO avant de faire trois mandats en tant que président de la Namibie. Il incarne le type du dirigeant BLEU exerçant le pouvoir, non pas en son nom, mais en celui d'une cause, la nation namibienne en l'occurrence (même si ses dernières années de présidence ont été nettement moins convaincantes de ce point de vue).- Marxiste, Sam Nujoma a été obligé par la chute des régimes communistes à mener une politique plutôt économique modérée, et s'il a imposé un pouvoir fort et des lois strictes, cela a été sans excès notoire.
- Pour des raisons économiques (transporter des marchandises) et stratégiques (pouvoir amener des troupes près de la frontière angolaise), l'Afrique du Sud avait construit en Namibie un réseau routier de qualité et des chemins de fer. Le gouvernement actuel a su non seulement maintenir ces infrastructures en excellent état, mais aussi étendre, notamment vers le nord, ces moyens de communication. Grâce à eux, on trouve dans les villes de Namibie des représentants de plusieurs ethnies qui cohabitent paisiblement (même si on est encore loin, par exemple, des mariages inter-ethnies).
- L'Anglais a été choisi comme langue officielle. C'est une décision astucieuse qui tourne la page de domination de l'Afrique du Sud, sans privilégier une langue locale au détriment des autres. Ce choix facilite aussi le développement économique du pays.
- Le gouvernement a lancé un programme économique à long terme "Namibie 2030", jouant ainsi directement sur le thème de BLEU.

Commentaires
jeu 20 nov 08, 08:44
Bonjour Aurore, [i]"L'amour est conditionnel à tous les a utres niveaux de la prem [...]
jeu 20 nov 08, 07:44
Bonjour Samy, "Utopiste ?" Je crois. Effective ment, un degré minimum d [...]
mer 19 nov 08, 21:28
Salut, Merci à tous pour ce tte belle discussion. Elle fai t tout à fait sens dans [...]
mer 19 nov 08, 12:50
Bonjour Fabien, Je trouve t oujours très surprenant et dom mageable pour le fonctio [...]
mer 19 nov 08, 08:40
Bonjour Wallace, Tu as tota lement raison sur la légitimit é de la tristesse des co [...]
mar 18 nov 08, 15:06
Je comprends que des députés p uissent avoir du chagrin en pe nsant à la dépression et [...]
mar 18 nov 08, 15:00
Oui, c'est exceptionnel de voi r un journaliste manifester un e telle implication émot [...]
mar 18 nov 08, 07:34
Bonjour Samy, Merci pour ta participation et ton apprécia tion positive sur mon tr [...]
lun 17 nov 08, 10:40
Bonjour Fabien, Je trouve a ussi cette intervention toucha nte et belle. Tu insi [...]