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« La connaissance de soi est une naissance à sa propre lumière, à son propre soleil. L'homme qui se connaît est un homme vivant. »
- Marie-Madeleine Davy
« Celui qui sera étudié lui-même sera bien avancé dans la connaissance des autres. »
- Denis Diderot
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Vendredi 27 avril 2007
Le Sénégal en couleurs (3/3)
[Première partie] [Deuxième partie]
BLEU (suite). Quand il arrive à Fadiouth par le pont de bois qui relie l'Île aux coquillages au continent, l'Européen remarque, dominant la ville, une église et une mosquée. Il apprend très vite que tout le village a contribué financièrement à la création de ces deux édifices. Les catholiques, majoritaires ici, ont donné plus d'argent pour la construction de la mosquée que les musulmans eux-mêmes puisqu'ils étaient plus nombreux ; en proportion de leur nombre, les musulmans ont financé la construction de l'église. D'ailleurs, dans le petit cimetière de l'île, tombes chrétiennes et tombes musulmanes sont côte à côte. Un jeune homme de Fadiouth nous a fourni la clé de l'énigme : « Ici, il y a les gens qui vont prier à l'église et au baobab sacré, et ceux qui vont prier à la mosquée et au baobab sacré. » Il y a effectivement un troisième lieu de culte qui domine la cité : un baobab qui sert de centre au culte des ancêtres. Celui-là, positionné en VIOLET, est commun à tous, et les différences au niveau d'existence BLEU sont mineures puisqu'on partage le même respect des anciens et des ancêtres.
VIOLET est donc bien le liant de la société, et l'impact du BLEU religieux moins fort que les statistiques ne le laissent croire.
ORANGE. Ce vMème est très faible et ne se trouve que dans les zones économiques de Dakar et de ses environs. Son développement est entravé par des éléments déjà mentionnés : la faiblesse des infrastructures et notamment des réseaux de transport, la lourdeur administrative (il faut 60 jours de démarches pour créer une entreprise), la corruption et la faiblesse du système éducatif.
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En rappelant que cette analyse est macroscopique et ne rend pas justice à toute la complexité du pays, quelle conclusion tirer de tout cela ?
D'abord le pays a de nombreux atouts. La coexistence des différentes ethnies et des différentes religions est un modèle pour beaucoup de pays d'Afrique. Le Sénégal est « l'un des rares pays d’Afrique à n'avoir jamais vécu de coup d'État, il jouit d'une réputation de transparence des opérations gouvernementales, et est considéré comme un exemple de transition vers la démocratie en Afrique, ainsi que de respect de la liberté et de l'indépendance des médias ». Malgré quelques irrégularités, les élections présidentielles de février dernier ont été une nouvelle manifestation de ce fonctionnement correct des institutions. Cette vie publique pacifiée permet une croissance annuelle de l'ordre de 5%, une des meilleures d'Afrique.
Ces points forts sont néanmoins fragiles. La sécheresse menace l'agriculture. La pêche, la principale source de devise du pays, est confrontée à l'épuisement des ressources dû à la surexploitation. L'augmentation des prix de l'énergie obère l'économie toute entière (on ne compte pas les coupures d'électricité).
Comme nous l'avons vu, VIOLET joue un rôle majeur dans cette situation. Le rajeunissement de la population, le faible niveau d'éducation, l'urbanisation et le taux de chômage menacent directement le vMème et donc la cohésion sociale du pays en développant les aspects négatifs de ROUGE. Cela porterait un coup fatal au tourisme, deuxième source de revenus du pays.
Maintenir le rôle positif de VIOLET est donc une priorité : conserver le rôle des chefs de village, maintenir les conseils d'anciens et les lieux de palabres, consulter lesdits conseils pour toutes les décisions locales et tenir compte de leurs avis, etc. Il s'agit ensuite de gérer ROUGE en étant ferme avec la criminalité et intraitable avec la corruption à tous les niveaux (ce qui implique de payer décemment fonctionnaires et policiers). Parallèlement, il importe de développer BLEU notamment par un programme d'éducation ambitieux, puis dès que possible de l'alléger là où c'est nécessaire pour permettre l'épanouissement d'ORANGE.
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À part ça, la mer était bleue, le climat ensoleillé et d'une agréable chaleur, les poissons délicieux, les baobabs majestueux, les cultures fascinantes… et puis il y avait la teranga !
Lundi 23 avril 2007
Le Sénégal en couleurs (2/3)
ROUGE. VIOLET étant dominant, l'individu n'est jamais seul au Sénégal, et le poids de ROUGE est donc maintenu dans des limites très acceptables. Pour s'en convaincre, il suffit de regarder la circulation automobile, généralement un bon indicateur de l'intensité du vMème : si l'on tient compte de l'état du réseau routier et de la vétusté de la plupart des véhicules, la conduite est somme toute raisonnable, loin en tout cas des excès que l'on peut voir dans certains autres pays. On pourra peut-être considérer comme une exception les 22-places, une sorte de taxi collectif dans lequel on s'entasse. Tous sont richement décorés et portent des inscriptions en arabe qui vont d'un « S'en fout la mort » typiquement ROUGE à des « Faites que nous arrivions en un seul morceau » plus orientés BLEU. Ces proclamations et prières sont bien nécessaires, les chauffeurs de ces camionnettes surchargées ayant renoncé depuis longtemps à l'usage du clignotant ou du rétroviseur si tant est que leur véhicule en dispose.
Les Wolofs, environ 40% de la population, avaient créé l'Empire djolof. Au sommet de l'empire était le Damel, souverain absolu, et l'esclavage était pratiqué. Aujourd'hui encore, la culture des Wolofs est nettement plus marquée par ROUGE que celle des Peuls ou des Sérères : ils croient par exemple à l'existence de djinns malfaisants qui peuvent se manifester n'importe où et n'importe quand ; leur structure familiale est nettement plus hiérarchisée que ne le voudrait VIOLET seul. Les Wolofs ont résisté longuement à l'arrivée de l'islam, mais l'ont ensuite bien intégré, acquérant sans doute plus de BLEU que le reste de la population. C'est sans doute ce positionnement différent sur la Spirale Dynamique qui, avec leur nombre, explique que les Wolofs sont l'ethnie la plus influente socialement, économiquement et culturellement.
Il existe trois poches ROUGE dans la société sénégalaise qui sont plus gênantes.
En 2004, selon le classement établi par l'ONG Transparency International, le Sénégal se plaçait au 85e rang sur 145 pays dans une échelle mesurant la corruption dans la sphère publique. Certes, nombre de pays africains font encore moins bien, mais le problème est préoccupant et ne semble pas en voie de résolution malgré les promesses du président Abdoulaye Wade : « J'ai la volonté de l'extirper de notre corps social. »
Il y a une augmentation de la criminalité issue de ROUGE dans certaines zones touristiques. Il faut dire que dans un pays où le PIB par habitant est inférieur à 2 € par jour, l'opulence des touristes est une tentation forte…
Il y a aussi, surtout à Dakar et en Casamance, une criminalité due au fait que 58% de la population a moins de 20 ans, que le taux de scolarisation est très bas et le taux de chômage élevé. Disons qu'il s'agit là d'un cheminement classique sur la Spirale Dynamique en sortie de VIOLET et qui n'est pas correctement géré.
BLEU. Le vMème se manifeste à la fois sur le plan civil et religieux.
Directement calqués sur la structure de l'État français, le gouvernement et l'administration sénégalais sont porteurs de BLEU. Malheureusement, ils ne fonctionnent pas très bien, principalement faute de moyens. La pauvreté et la corruption déjà mentionnées s'enchaînent dans un cercle vicieux dont il sera difficile de sortir. Cela d'autant plus qu'un des points faibles du Sénégal est l'éducation. Alors que la population est majoritairement jeune, l'école n'est même pas obligatoire ! Quand les enfants y vont, ils sont scolarisés à mi-temps, soit le matin, soit l'après-midi, faute de classes, de matériels et de professeurs. Cette situation est dramatique et peut rendre extrêmement pessimiste sur l'évolution du Sénégal.
Cela a déjà été évoqué, les Sénégalais saluent volontiers les gens qu'ils croisent. Ne pas répondre est considéré comme grave et injurieux, et tout est fait alors pour culpabiliser l'impoli. Déjà signalé aussi, les règles de vie sociale, comme le code de la route, sont assez bien respectées.
À 94%, les Sénégalais sont musulmans. Les chrétiens sont 5% et les tenants des religions traditionnelles représentent 1% de la population. Tels sont les chiffres officiels qui ne reflètent aucunement la réalité du pays.
Les musulmans sont répartis en une série de confréries religieuses (tidjania, mouridisme, quadria, etc.) qui appliquent les règles du Coran de manière très différentes, parfois strictement, parfois avec beaucoup plus de souplesse. L'islam l'a emporté sur le catholicisme dans le pays, essentiellement parce que les musulmans ont accepté les coutumes locales, là où les missionnaires chrétiens s'y sont opposés (en particulier sur les thèmes de l'entraide et de la polygamie). Le serigne, le chef de la communauté musulmane, a simplement essayé de remplacer le sorcier ou le chef de tribu.
En tout cas, ces courants vivent en bonne intelligence, faisant du Sénégal un des pays les plus paisibles d'Afrique, à la grande fierté de ses habitants. Il est plutôt exceptionnel que des manifestations différentes de BLEU réussissent à cohabiter pacifiquement. Quel est donc le secret du Sénégal ? Pour le savoir, visitons l'Île aux coquillages.
Jeudi 19 avril 2007
Le Sénégal en couleurs (1/3)
Quand on connaît la Spirale Dynamique, tout voyage devient un voyage d'études ! Voici donc aujourd'hui une analyse de la République du Sénégal. Situation habituelle en Afrique, les frontières du pays sont issues de la colonisation et ne correspondent pas à la géographie, à l'histoire ou à la répartition des populations. Par exemple, le Sénégal est peuplé de plus d'une vingtaine d'ethnies dont les Wolofs, les Lébous, les Pulaars, les Sérères, les Peuls, les Toucouleurs, les Diolas… sans compter la présence de fortes minorités étrangères (Maliens, Capverdiens, Guinéens, Libanais, Européens, etc.) Surtout aux premiers niveaux d'existence (VIOLET et ROUGE), cela crée des différences importantes. Si le français est la langue officielle, onze autres langues sont reconnues par la constitution comme langues nationales et la liste devrait s'allonger. Ce billet réalisé après un trop court séjour n'est donc qu'une première approche qui devrait être complétée, notamment s'il fallait émettre des propositions concrètes.
BEIGE. Le Sénégal est un pays pauvre, quasiment sans ressources naturelles. 70% de la population travaille dans l'agriculture. Il suffit d'aller dans la brousse pour constater que les activités de subsistance occupent à plein temps une majeure partie de la population. 20% des enfants souffrent de malnutrition. Quand des touristes sont accueillis dans un village qui les laisse visiter ses cases et observer ses coutumes, le cadeau de remerciement consiste à amener de la nourriture, et une dizaine d'euros de riz pour un groupe d'une quinzaine de personnes suffit à déclencher un vif contentement. Malgré la construction de deux barrages et plusieurs aménagements hydro-agricoles, la sécheresse qui sévit depuis plusieurs années aggrave la situation. Même s'il n'est nulle part le vMème dominant, BEIGE joue donc un rôle très important.
VIOLET. C'est le vMème dominant, celui qui tisse la structure sociale. Dans la brousse, les gens vivent dans des villages abritant une quinzaine de personnes constituant une famille élargie. Chacun de ses villages a un chef auquel il faut s'adresser pour toutes les décisions importantes et qui est tout-puissant. À sa mort, lui succède l'homme le plus âgé de la maison.
Les liens familiaux unissent les gens au-delà des frontières. Nous avons interrogé un guide sérère sur les relations entre le Sénégal et la Gambie qui constitue une enclave curieuse dans le pays. La question n'avait aucun sens pour lui. Il nous a répondu qu'il avait des cousins en Gambie et que beaucoup de familles gambiennes avaient des cousins au Sénégal et qu'ils s'entendaient donc. (Ce n'est pas la même chose au niveau des gouvernements : le projet de la confédération de la Sénégambie, formulé en 1982, est resté lettre morte avant d'être abandonné en 1989.)
Comme dans toutes les structures en VIOLET, la réciprocité est une assurance indispensable face aux difficultés potentielles de l'existence. Quand nous donnons de la nourriture à un chef de village en remerciement de l'accueil reçu, nous ne partons pas sans que les femmes nous aient offert des graines de mil afin que le lien soit maintenu.
Le sens de l'hospitalité, la teranga, est une expression de cette réciprocité ; il est très fort au Sénégal et même une grande source de fierté : « Il n'y a pas grand chose à voir au Sénégal par rapport à d'autres pays africains comme le Kenya ou la Tanzanie, nous a dit un guide, mais les touristes viennent quand même chez nous parce qu'il y a la teranga ! » Très souvent, les gens qui nous croisaient nous disaient bonjour, nous serraient la main et nous demandaient si nos vacances se passaient bien ; certes quelques-uns avaient quelque chose à nous vendre, mais ils étaient loin de représenter la majorité. Quand nous traversions un village en voiture, comme dans beaucoup de pays du monde, les enfants saluaient de la main, mais ici il est fréquent que les adultes le fassent aussi.
Biens matériels comme émotions, tout est partagé : « Nous sommes malheureux ensemble, et nous sommes heureux ensemble», affirme un habitant de Joal.
Enfin, le culte des ancêtres est omniprésent et assure la paix sociale. Nous y reviendrons quand nous parlerons du vMème BLEU.

Commentaires
ven 10 oct 08, 08:23
Bonjour Aurore, [i]"Je pense que oui… En écrivant la phra se citée, je m'étais dit [...]
jeu 09 oct 08, 16:34
Bonjour à tous, @ Fabien : "Début d'une hypothèse scientifique ORANGE ?" [...]
jeu 09 oct 08, 16:18
Bonjour à tous, Ouah… Super , je pars de ce pas vivre en O uganda ! J'ai toujours r [...]
lun 06 oct 08, 09:46
Aurore, mon fils est maintenan t suffisamment grand pour qu'i l sache me dire non, par [...]
lun 06 oct 08, 09:35
Aurore dit : [i]"J'ai vu Wallace se demander où étaient les absents avantagés par le [...]
lun 06 oct 08, 08:09
Bonjour à tous, Aurore : [i]"Comment faites-vous tous pou r vivre, et pas seulemen [...]
lun 06 oct 08, 07:43
Très simple Aurore : à 9 ans, j'avais une idée assez précise des métiers que je voul [...]
dim 05 oct 08, 12:31
Merci pour vos réactions. Oui, ce stage m'a bien fait avance r, et c'est surtout le f [...]
dim 05 oct 08, 07:47
Bonjour à tous, @Christian : [i]"Une personne à dominante ER peut-elle [...]