Avec des discours écrits par d'autres et une communication préparée et répétée avec des professionnels, les politiciens sont certainement les personnes les plus difficiles à positionner sur l'Ennéagramme. Malgré une présence dans les médias exceptionnellement abondante, Nicolas Sarkozy est de ceux-là. Contraint de naviguer, l'œil sur les sondages, entre une présence au gouvernement depuis plus de quatre ans et l'affichage d'une volonté de rupture, il n'a pas toujours donné une image très cohérente. C'est ainsi qu'on a pu lui affecter des ennéatypes très divers, parfois compréhensibles, parfois nettement plus farfelus.
Les Sarkozy, une famille française, le récent et indispensable ouvrage de Pascale Nivelle et Élise Karlin, est passionnant en ce qu'il nous décrit l'enfance de Nicolas Sarkozy, longtemps avant qu'il apprenne à se mettre en scène. Respectivement journalistes à Libération et à L'Express, Pascale Nivelle et Élise Karlin ont interviewé les parents et les frères de Nicolas Sarkozy. L'information est donc prise à la source et globalement fiable. Fait sans doute significatif – nous y reviendrons –, seul Nicolas Sarkozy n'a pas voulu leur répondre.
Cela ne l'empêche pas d'avoir fait en d'autres circonstances des déclarations qui confirment l'intérêt de cette recherche. Ainsi il a pu dire en 1994 aux journalistes de Globe : « Ce qui m'a façonné, c'est la somme des humiliations d'enfance. Je n'ai pas la nostalgie de l'enfance parce qu'elle n'a pas été un moment particulièrement heureux. » Un an plus tard, il confiait à Michel Denisot : « Ce qui m'a marqué, c'est la séparation de mes parents, et le fait que je n'avais pas les relations pour m'imposer. » Comprendre les origines de Nicolas Sarkozy, c'est donc comprendre le personnage.
Le cadre familial
Né en 1928, Pa(u)l Istvan Ernö Särközy Nagybocsaï, un petit aristocrate hongrois, se réfugie à Paris en décembre 1948. Don Juan, beau parleur un peu mythomane, Paul Sarkosy épouse Andrée Mallah le 8 février 1950. De leur union, naîtront trois fils : Guillaume en 1951, Nicolas en 1955 et François en 1959.
« Dessinateur publicitaire moyen mais excellent bonimenteur », Paul réussit. Il est un ennéatype 3 : « Paul est un mari absent. Il part tôt, rentre tard. Parfois, il ne revient pas du tout. "Trop de travail, chérrrie", glisse-t-il avec son sourire ravageur. […] Loin d'être un modèle, il délègue à son épouse les premières communions, la discipline, les devoirs et les tâches ménagères. » Pour le décrire, les auteurs parlent de « Rastignac hongrois », faisant le parallèle avec le personnage de Balzac qui est une sorte d'archétype du 3.
Quelques mois après la naissance de François, « Paul disparaît. » Il ne verra ensuite qu'épisodiquement ses enfants, manifestant clairement que cela l'ennuie : « Je ne vous dois rien. » Lors de ces rares rencontres, « ses enfants savent que la qualité de son regard dépend de celle du carnet de notes. C'est l'affection au résultat. »
Guillaume, le frère aîné qui « aime les honneurs, la réussite », est lui aussi vraisemblablement un 3.
Comme globalement est 3 la culture familiale. Les Sarkozy sont « élevés dans le culte de la réussite et convaincus que la vie ne fait pas de cadeau à ceux qui naissent sans héritage. La devise familiale, "On part tous sur le même ligne, mais on n'est pas obligés d'arriver tous en même temps", met les garçons en compétition, et leur mère leur pique les fesses. Tous en haut de l'échelle ! »
Tout ceci constitue une empreinte forte qui a marqué la personnalité de Nicolas Sarkozy, et qui explique qu'il y a de bonnes raisons d'envisager que Nicolas Sarkosy puisse appartenir à ce profil de l'Ennéagramme.
Il y a aussi de nettement moins bonnes raisons de le croire.
La première est liée à la confusion fréquente entre l'ennéatype 3 et le vMème ORANGE, très fort chez Sarkozy.
La seconde consiste à négliger l'impact de ses conseillers en communication. Un homme politique subit une réelle formation en ce domaine : « Il a vite appris à bluffer, a compris qu'en politique, le tout est d'impressionner. » Il a des mentors qui façonnent son style : « [Charles Pasqua] cornaque toute une génération de jeunes gaullistes à qui il enseigne les ficelles du métier : remplir une salle, bourrer des urnes, préparer la "claque", déstabiliser l'adversaire. Le véritable Pygmalion du jeune secrétaire de section de Neuilly, c'est lui, qui l'introduit au sein d'une direction hiérarchisée à l'extrême en lui indiquant sur quelles marches s'appuyer pour progresser. »
Quant aux discours de Sarkozy, les principaux sont écrits par Henri Guaino, qui auparavant a tenu la plume de Philippe Seguin, de Charles Pasqua ou de Jacques Chirac (c'est lui l'inventeur de la fracture sociale) ! Bien fol est qui s'y fie pour trouver un ennéatype.
Commentaires
jeu 20 nov 08, 08:44
Bonjour Aurore, [i]"L'amour est conditionnel à tous les a utres niveaux de la prem [...]
jeu 20 nov 08, 07:44
Bonjour Samy, "Utopiste ?" Je crois. Effective ment, un degré minimum d [...]
mer 19 nov 08, 21:28
Salut, Merci à tous pour ce tte belle discussion. Elle fai t tout à fait sens dans [...]
mer 19 nov 08, 12:50
Bonjour Fabien, Je trouve t oujours très surprenant et dom mageable pour le fonctio [...]
mer 19 nov 08, 08:40
Bonjour Wallace, Tu as tota lement raison sur la légitimit é de la tristesse des co [...]
mar 18 nov 08, 15:06
Je comprends que des députés p uissent avoir du chagrin en pe nsant à la dépression et [...]
mar 18 nov 08, 15:00
Oui, c'est exceptionnel de voi r un journaliste manifester un e telle implication émot [...]
mar 18 nov 08, 07:34
Bonjour Samy, Merci pour ta participation et ton apprécia tion positive sur mon tr [...]
lun 17 nov 08, 10:40
Bonjour Fabien, Je trouve a ussi cette intervention toucha nte et belle. Tu insi [...]