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« La connaissance de soi est une naissance à sa propre lumière, à son propre soleil. L'homme qui se connaît est un homme vivant. »
- Marie-Madeleine Davy
« Celui qui sera étudié lui-même sera bien avancé dans la connaissance des autres. »
- Denis Diderot
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Jeudi 28 septembre 2006
VERT à la rescousse
Le désastre causé, il y a un peu plus d'un an, par le cyclone tropical Katrina à La Nouvelle-Orléans n'a pas été une catastrophe ordinaire. Comme nous l'avions relaté et comme cela se produit dans toute catastrophe, il a dans l'instant entraîné une régression compréhensible des habitants vers les premiers niveaux de la Spirale Dynamique. Cependant, le choc qu'ils ont subi ne s'est pas arrêté là. L'État de Louisiane comme le gouvernement fédéral ont été incapables d'apporter une aide réelle à la population et d'organiser la reconstruction. Quant aux promoteurs privés, ils ont surtout essayé de récupérer les terrains des personnes les plus pauvres dans le but de faire de juteuses opérations immobilières.
Certains habitants ont quitté la ville. D'autres sont restés en ROUGE et la délinquance est forte dans certains districts. D'autres encore se sont réfugiés dans le giron BLEU des Églises évangélistes. Mais nombreux sont ceux qui ont vécu Katrina et l'après-Katrina comme respectivement un gigantesque point β et un creux γ dont ils ont tiré la conviction que les vMèmes BLEU et ORANGE n'étaient plus adaptés. Ils étaient alors mûrs pour entamer une transition vers VERT, dont Samuel Bordreuil (sociologue, directeur de recherches au CNRS d'Aix-en-Provence) et Anne Lovell (anthropologue et directrice de recherches à l'Inserm) ont constaté les premières manifestations :
« Un processus de planification collective sans précédent pour guider la reconstruction [a démarré depuis octobre 2005]. Des milliers d'habitants, mobilisés par plus d'une centaine d'organisations de quartiers, sont entrés progressivement dans le travail concret de réinvestissement de leurs quartiers, puis de planification.
« Katrina a boosté le nombre d'associations et la qualité de leurs engagements ne cesse de s'accroître. Une qualité experte, tout d'abord, se développant en une formidable enquête collective, explorant tous les dossiers techniques à l'échelle de la ville (faillite du système des digues, exploration de la toxicité des sols, clinique des institutions de gouvernance et de santé publique…), mais prenant effet aussi à l'échelle des quartiers. A cette échelle, comment restituer ces efforts de fourmis ? Peut-être en zoomant sur certaines des menues techniques qui s'y sont décantées et qui, on le verra, ne demandent qu'une chose : être "piratées".
« C'est le cas d'une formule mise en place et se répandant par contagion d'un quartier à l'autre, celle des "capitaines de blocs" : des personnes chargées de survey, on dirait de veille, sur chacune des maisons de chaque bloc, et traçant de l'une à l'autre les intentions des propriétaires ou des occupants, leur état de dégradation, les nécessités et les moyens d'y intervenir, etc. Ce qui permet également de mobiliser ces propriétaires et de les associer au travail planificateur.
« Mais une qualité experte qui s'est aussi cultivée très vite par le bénévolat de professionnels de l'urbanisme, d'autant plus facilement qu'ils vivaient déjà, eux aussi, dans ces quartiers. Pas une association de quartier qui n'ait son "comité de planification" ou son "sous-comité d'occupation des sols". Il n'y a sans doute aucune ville au monde, à l'heure actuelle, qui ne soit aussi intensément dessinée par ses habitants : plans, diagrammes, échéanciers, "arbres de décision", s'étalant sur des tables au gré des meetings de quartiers, s'y donnant à lire, à critiquer, à réviser. Au passage, c'est le langage planificateur qui se trouve assimilé par ceux qui entrent dans la danse du "projet urbain".
« Imaginez une table sur laquelle s'étale une photo satellite d'un quartier (en l'occurrence le Upper 9th Ward), prélevée sur Google Earth, imprimée et agrandie. D'un côté de la table, un urbaniste ; de l'autre, des habitants conviés au meeting. Tout d'abord, les deux parties procèdent au repérage du lieu de résidence, des principaux établissements et artères du voisinage. Puis, le jeu des questions-réponses s'amorce : qu'est-ce que vous voudriez comme améliorations ? L'église, là ; sa toiture à réparer. Prenez une pastille, collez-la dessus. De quelle couleur la pastille ? Prenez une bleue (pour "édifices et espaces public") ; les rouges, c'est pour les zones commerciales, les vertes pour les parcs, les jaunes pour les espaces résidentiels…
« A la fin de la journée, l'urbaniste repart avec son plan sur lequel sont apposées une soixantaine de pastilles, de couleurs différentes mais toutes numérotées ; à chaque numéro correspond, dans une liste, une "instruction" quant à ce qu'il faudrait faire. De l'autre, les soixante résidents repartent avec quelques notions des catégories d'urbanisme, si bien que certains d'entre eux, initiés à ce jeu lors de l'atelier précédent, pourront se retrouver face à d'autres habitants, à la place qui était celle de l'urbaniste la fois précédente.
« Multipliez maintenant cette scène par dix, le nombre de quartiers couverts lors de cet atelier au couvent de Holy Angels ; puis par douze, le nombre de districts de planification à l'échelle de la ville, et vous commencerez à prendre une idée du tableau d'ensemble.
« Recueillir les "inputs de la communauté", tel est le nom de code de ce jeu à l'échelle urbaine. Après avoir invité les résidents à donner leur avis de béotiens, les experts ne disparaissaient pas avec leurs dossiers : ils sont placés face à un devoir de transparence. Y manqueraient-ils, on se donnerait les moyens de le leur rappeler. L'avancée du travail se borde ainsi de procédures imposant un rythme soutenu de réunions publiques.
« On manquerait peut-être l'essentiel en ne faisant porter le fruit de cette exigence démocratique que sur cette fonction de contrôle de volontés malveillantes sapant la volonté collective. Encore faudrait-il que cette volonté collective sache ce qu'elle veuille. Or cet intérêt général, dans les conditions d'instabilité de La Nouvelle-Orléans, n'est pas définissable a priori. Il est à la recherche de lui-même, et si le caractère démocratique du processus importe, c'est alors, en amont de sa défense, dans sa détermination même : dans la définition concertée et patiente des traits essentiels de ce bien public particulier qu'est une ville. »
Il est trop tôt pour savoir si cette expérience réussira et si elle deviendra un modèle pour d'autres citoyens-citadins, mais clairement s'invente à La Nouvelle-Orléans une nouvelle façon d'investir et de vivre sa ville.
Source : Samuel Bordreuil, Anne Lovell, "La Nouvelle-Orléans, le nouvel élan", Libération, N° 821, 22 septembre 2006, pp. 28-29
Samedi 23 septembre 2006
Match VIOLET-ORANGE
Il va revenir ! Qui ? Rupeni Caucaunibuca, bien sûr. Le joueur fidjien, meilleur marqueur d'essais des deux derniers Championnats, était absent des terrains depuis le début de la saison et son club d'Agen était sans nouvelles, au point que certains réclamaient son licenciement pour faute grave. Laurent Lubrano, le directeur sportif du club, a préféré aller voir aux Îles Fidji ce qui se passait :
— On avait prévu qu'il rentre mi-juillet. Il y a eu cette maladie, et puis tout a traîné.
— Il aurait quand même pu vous passer un petit coup de téléphone, non ?
— C'est ce qu'on se dit quand on raisonne comme on raisonne nous, dans notre pays, avec nos règles, notre éducation, et puis notre civilisation. Il faut savoir que là où il habite, d'abord il n'y a pas le téléphone. Il n'y a pas non plus l'électricité, ni l'eau courante. J'ai beaucoup appris en peu de temps, avec des choses simples, assis par terre à discuter avec ces gens-là, et en même temps encore mieux compris Rupeni. On m'a souvent parlé de constats d'huissier pour absence sur le lieu de travail, etc. C'est à des milliers de kilomètres de ce qu'il faut faire avec Rupeni. Pour aider Rupeni Caucaunibuca à atteindre la performance, la performance maximum, il ne faut pas être dans les contrats, il ne faut pas être dans les obligations, dans les règles, etc. Il faut l'écouter, l'aider et lui dire : « Tiens, je t'aide, tu m'aides, et on est heureux ensemble. » Voilà.
Précisons que la disparition de Rupeni Caucaunibuca était due au fait qu'il avait attrapé la fièvre typhoïde, puis qu'une fois guéri, il avait attendu l'accouchement de son épouse.
L'attitude du club est ici exemplaire : accepter qu'un joueur dominé par VIOLET et sa réciprocité ne peut pas ou ne veut pas adhérer à notre vision ORANGE du monde.
Source : Vincent Rodriguez, "Interview de Laurent Lubrano", Journal des sports, France Inter, 20 septembre 2006
Lundi 18 septembre 2006
Les hommes préfèrent les rondes
Le culte de la minceur était rare avant l'abondance apportée par ORANGE. Dans les vMèmes précédents, bien souvent, être gros, c'était être riche et puissant.
En Mauritanie, les hommes aiment donc les femmes grosses, et une tradition entre VIOLET et ROUGE permet de les satisfaire en organisant le gavage des femmes : les jeunes filles sont nourries de force avec du lait sucré et de la bouillie de millet.
Cette pratique semble toutefois en régression. « D'après une étude réalisée par le gouvernement en 2001, 10 % des femmes âgées de 15 à 19 ans avaient été nourries de force pendant leur enfance, alors que ce chiffre était de 35 % chez les 45-54 ans. »
La disparition de la méthode ne signifie pas pourtant celle de la tradition. Nombre de jeunes filles, bien évidemment parmi les plus pauvres et les moins éduquées, se font grossir à l'aide de pilules en vente sur les marchés et provenant de Pakistan ou de Chine. Peu importe si sur certaines d'entre elles, on peut lire la mention « impropre à la consommation humaine »…
Pourtant, les conséquences sur la santé sont telles (« Certaines ont même du mal à sortir du lit, quant à travailler… ») que nombre de femmes « renoncent à la beauté traditionnelle et décident de perdre du poids ». Malgré les résistances, le mouvement de refus prend de l'ampleur.
Source : Claire Soares, "Halte au gavage des femmes !", Courrier international, N° 821, 27 juillet 2006, p. 25
Mercredi 13 septembre 2006
Désirs de VERT
Comme à son habitude, la France est en pleine campagne électorale présidentielle longtemps avant l'échéance. Dans cette agitation politico-médiatique, la popularité de Ségolène Royal a été une surprise pour beaucoup, et notamment pour ses camarades socialistes. Il me semble que la Spirale Dynamique explique, au moins en partie, le phénomène.
Tous les candidats à l'élection ou à la candidature ont aujourd'hui un blog. Si on consulte celui de Ségolène Royal, Désirs d'avenir, on est immédiatement frappé par la différence de ton. "Ceci est un forum participatif" affirme en préambule la page d'accueil qui précise :
« Pour avoir commencé à expérimenter la démocratie participative en région Poitou-Charentes que je préside, j'ai acquis la conviction que les citoyens, lorsqu'un problème est vécu ou lorsqu'un progrès est espéré, sont des "experts" légitimes de la question posée.
« Écouter pour agir juste, telle est la raison pour laquelle j'ouvre ce forum. Dans un monde de plus en plus complexe mais aussi informé, chacun détient une part de vérité. »
Sur le site, un livre-programme est en cours de rédaction. Chaque chapitre est élaboré par un processus en plusieurs étapes : débat, synthèse, re-débat dit « permanent ».
On est donc typiquement dans un discours positionné dans la transition entre ORANGE et VERT, même si Ségolène Royal prend aussi soin de réaffirmer haut et fort des valeurs issues de vMèmes précédents, notamment sur le thème de la famille ou de l'éducation.
Le placement sur la Spirale de cette pré-campagne est largement à l'origine de son succès. Il est aussi l'explication des difficultés que Ségolène Royal rencontre avec le PS, les éléphants ayant pour la plupart une belle couleur BLEU ou BLEU/ORANGE. Avec eux, l'incompréhension est totale. Par exemple, le reproche fait à Ségolène Royal de n'avoir pas de programme bien défini est légitime en BLEU et en ORANGE, mais ne l'est pas en VERT où l'on prend le temps qu'il faut pour l'élaborer collectivement.
Si Ségolène Royal réussit à franchir l'écueil des élections internes au PS, et si son positionnement en direction de VERT se vérifie être une conviction réelle et non un artifice de campagne, le vote de 2007 sera donc une première en France en termes de choix offerts sur la Spirale Dynamique. À ce propos, rappelons qu'un vMème n'est pas meilleur parce qu'il est situé plus haut dans la Spirale Dynamique, mais parce qu'il est plus adapté aux conditions de vie. Il reste huit mois à chacun d'entre nous pour se faire son opinion en ce domaine.
Source : Désirs d'avenir
Vendredi 8 septembre 2006
Interdit d'interdire
Le vieux monde est fichu, la révolution est au bout de la fourchette.
Le 26 avril denier, le conseil municipal de Chicago – la troisième ville des États-Unis ! – a décidé d'interdire dans la cité la consommation de foie gras, considérant sa fabrication comme un acte de torture envers les animaux.
Le conseil municipal avait juste oublié que, si le vMème BLEU est très fort aux États-Unis, il n'est plus dominant, surtout dans les grandes villes. La résistance a donc été immédiate : « Nous pensons que le conseil municipal n'a pas à décider de ce que les habitants de Chicago doivent manger. » Le 22 août dernier, jour d'entrée en vigueur de la loi, plusieurs restaurateurs de la ville ont mis du foie gras au menu, alors qu'ils n'en proposaient jamais. Si « Grant DePorter du restaurant Harry Caray a imaginé un amuse-gueule à base de foie gras doré à la casserole et de coquilles Saint-Jacques », on a même vu les pizzas à pâte épaisse typiques de la ville fourrées au foie gras, et d'autres innovations gastronomiques abracadabrantesques.
« Pour Jerry Stout, 54 ans, qui a déjeuné au Connie Pizza, la municipalité devrait se soucier de problèmes plus pressants que le foie gras. Jerry Stout n'est pas un connaisseur – il ne se rappelait pas s'il en avait déjà mangé –, mais il a essayé le foie gras sur sa pizza. Il le recommande pour sa finesse. "Aujourd’hui, dit-il, j'imagine qu'on était des rebelles." »
Le maire de ville, Richard Daley, s'était opposé à la décision de son conseil municipal : « Nous avons des enfants qui se font tuer par des chefs de gangs et des trafiquants de drogue. Il y a de vrais problèmes dans cette ville. Et il faut qu'on s'occupe du foie gras ? » Il a recommandé aux services municipaux chargé de vérifier l'application de l'interdiction d'éviter tout excès de zèle. Ouf ! Nous allons peut-être échapper aux barricades.
Source : Monica Davey, "À Chicago, le foie gras se mange en cachette", Courrier international, N° 826, 31 août 2006, p. 14

Commentaires
lun 06 oct 08, 20:44
Bonjour à tous, Je me suis am usée à chercher à quoi pouvait correspondre la notion [...]
lun 06 oct 08, 09:46
Aurore, mon fils est maintenan t suffisamment grand pour qu'i l sache me dire non, par [...]
lun 06 oct 08, 09:35
Aurore dit : [i]"J'ai vu Wallace se demander où étaient les absents avantagés par le [...]
lun 06 oct 08, 08:09
Bonjour à tous, Aurore : [i]"Comment faites-vous tous pou r vivre, et pas seulemen [...]
lun 06 oct 08, 07:43
Très simple Aurore : à 9 ans, j'avais une idée assez précise des métiers que je voul [...]
dim 05 oct 08, 12:31
Merci pour vos réactions. Oui, ce stage m'a bien fait avance r, et c'est surtout le f [...]
dim 05 oct 08, 07:47
Bonjour à tous, @Christian : [i]"Une personne à dominante ER peut-elle [...]
sam 04 oct 08, 15:04
Quel insight ! Ou pour reprend re ton vocabulaire… Puissant l 'effet ophtalmo !! C'est [...]
sam 04 oct 08, 14:48
Bonjour à tous, J'étais en vacances et j'ai raté le jeu… J'ai écrit ma réponse s [...]