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« La connaissance de soi est une naissance à sa propre lumière, à son propre soleil. L'homme qui se connaît est un homme vivant. »
- Marie-Madeleine Davy
« Celui qui sera étudié lui-même sera bien avancé dans la connaissance des autres. »
- Denis Diderot
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Mercredi 28 décembre 2005
Conneries
C’est l’événement éditorial de l’année 2005. C’est un livre de 80 pages seulement, le mot bullshit (littéralement “merde de taureau") y est écrit trois ou quatre fois par page, il a été pendant plusieurs mois sur la liste des best-sellers aux États-Unis, et c’est… un livre de philosophie morale.
Il n’est pas si simple de traduire bullshit en français. On peut bien sûr dire : foutaises, conneries, bidonnage, foutage de gueule. L’expression américaine étant fortement grossière, nous utiliserons “conneries” dans la suite de cet article.
En tout cas, Harry G. Frankfurt, professeur émérite de philosophie à l’Université de Princeton, constate : "Une des caractéristiques les plus flagrantes de notre culture est qu’il y a tant de conneries." (p. 1) S’appuyant sur une discussion entre Fania Pascal et le philosophe Ludwig Wittgenstein, Frankfurt étudie la différence entre mentir et dire des conneries. Le mensonge se positionne par rapport à la vérité ; il pense la connaître et s’y oppose sciemment. À l’inverse, celui qui dit des conneries est indifférent à la vérité et ne cherche pas à la connaître : "Le diseur de conneries ne rejette pas l’autorité de la vérité comme le fait le menteur, ni ne s’oppose à elle. Il ne lui porte aucune attention. En conséquence, il est un plus grand ennemi de la vérité que ne l’est le menteur." (p. 61)
En termes de Spirale Dynamique, la croyance en une Vérité absolue vit son apogée avec BLEU. À partir d’ORANGE et dans la limite des vMèmes connus à ce jour, la vérité devient plus une notion relative, et le constat de Frankfurt se justifie : nous disons énormément de conneries. Sauf sur ce blog, bien évidemment…
Ressource : Harry G. Frankfurt, On Bullshit, Princeton (New Jersey), Princeton University Press, 2005
Vendredi 23 décembre 2005
Miam VERT
Quand le centre de gravité d'une société bascule d'un vMème au suivant, toutes ses composantes s'ajustent au nouveau niveau d'existence.
Dans les années 1970, la nouvelle cuisine « met à bas l'ordre culinaire ancien » : refus des règles traditionnelles et ouverture sur le monde. Derrière la bannière de Gault et Millau, les chefs sont passés de BLEU à ORANGE. Pendant des années, il n'y a pas eu d'innovation majeure, les cuisiniers se contentant de décliner les mêmes thèmes.
Dans les années 1990, en même temps que le monde découvrait les aspects négatifs d'ORANGE, il se lassait aussi de la nouvelle cuisine. Ce furent les années terroir, A.O.C., labels et recettes d'antan. Bref, conformément à la théorie de Spirale Dynamique, un creux γ en BLEU.
Aujourd'hui la gastronomie est en train de prendre le chemin de VERT. Réunis dans l'association Génération C, une pléiade de jeunes cuisiniers rejettent, comme il se doit, les excès de BLEU et de ORANGE ; ils ont « décidé de ne plus (se) soucier ni des normes ni des guides […] et de faire une cuisine qui [leur] ressemble. » Ils refusent la pression qu'impose le système actuel (cf. Mort de Bernard Loiseau) et sont adeptes du fooding, « une contraction de food et feeling ».
Profondément modernes, ils ont parfaitement compris l'évolution des goûts : « Ras-le-bol de voir des cuisiniers raconter qu'ils vont cueillir eux-mêmes des herbes dans la montagne. Moi, j'ai été élevé à la purée Mousseline. Voilà mes racines. Et il m'est arrivé de paner des poissons avec des paillettes de purée pour jouer avec ce goût. Aujourd'hui, nos gamins mangent des chamallows, des Gervita. Ces textures forment leur palais. On n'est pas obligé de s'y résigner mais on ne peut pas faire non plus comme si cela n'existait pas », déclare Thierry Marx. D'ailleurs, les nouveaux chefs de la « jeune cuisine française » n'ont pas peur de l'easy cooking qui consiste à « se faciliter la vie en mélangeant sans complexes les produits frais et transformés ». Parallèlement, ils s'inspirent des recherches les plus avancées, comme celle d'Hervé This, physico-chimiste à l'INRA. Le Catalan Ferran Andria est à l'origine d'une nouvelle tendance appelée la « gastronomie moléculaire », et a embauché deux ingénieurs chimistes dans son équipe.
À côté de cette recherche technique et gustative, les membres de Génération C intègrent une dimension humaine forte à leur travail. Il s'agit d'en finir avec « les lieux fréquentés par la nomenklatura, par une clientèle de fiction qui se régale à coups de notes de frais », de ne plus être de ces cuisiniers « coupés de la société civile, celle de la vraie gourmandise ». Passionnés par leur métier, les nouveaux chefs ne veulent plus y laisser leur peau, ils ne supportent plus les notations des critiques perçues comme « arbitraires, infantilisantes et sclérosantes ». Ils ne supportent plus non plus un système économique qui oblige pour survivre à « exploiter les commis et les apprentis ». Ils cherchent à pratiquer une gamme de prix plus raisonnable et à créer une ambiance plus décontractée pour que « des jeunes viennent manger [chez eux] parce qu'ils n'ont pas l'impression d'être dans un musée ».
Deux exemples de cette évolution des rapports humains. Benjamin Tourcel fait goûter ses nouvelles créations culinaires en premier par Fabrice Biasolo… qui est son principal concurrent régional ! Mais concurrent est un concept ORANGE qui ne fait guère sens ici. L'un des fidèles clients de Benjamin Tourcel, enthousiaste devant son travail, l'aide bénévolement derrière les fourneaux tous les week-ends.
Allez, en exercice préparatoire au réveillon, je vous laisse digérer l'information !
Source : Marie-France Etchegoin, "Les hussards de la table", Le Nouvel Observateur, N° 2127, 11 août 2005, pp. 6-11
Dimanche 18 décembre 2005
Poilitiquement correct
Dans l’histoire de la pensée, le thème de l’égalité apparaît avec les Lumières, et donc avec ORANGE : seul l’individu compte et chaque individu a les mêmes droits que les autres. C’est le vMème ORANGE qui, au nom de l’égalité, a mis fin à l’esclavage, instauré la démocratie, rétabli les droits des femmes, etc. Mais pour ORANGE, il s’agit avant tout d’une égalité des chances ; chaque individu a aussi le droit de se réaliser et de réussir à sa manière. Ainsi, dans la pratique, les sociétés dominées par lui sont au moins aussi inégalitaires que les précédentes.
VERT réintroduit le collectif, et est donc attentif à ce que l’égalité se concrétise dans ses communautés. Cela peut parfois être un peu excessif. En Suède, un des pays où VERT est le plus fort, Claes Borgström est chargé du dossier de l’égalité des sexes. Sa dernière trouvaille : la prochaine mouture de la loi anti-discrimination interdit aux coiffeurs de pratiquer des prix différents pour les coupes de cheveux pour homme et pour femme.
Rien n’est dit sur le tarif pour raser la femme à barbe. Trop injuste.
Source : “L’égalité, une idée au poil”, Courrier international, N° 774, 1 septembre 2005, p. 51
Samedi 10 décembre 2005
Lady Chance
Dans notre site consacré exclusivement à l’Ennéagramme, nous venons de publier l’analyse des ennéatypes des personnages du film Lady Chance. Le scénario mêle habilement deux histoires. Bernie, un homme solitaire et malchanceux, rencontre Natalie qui est serveuse dans le casino où il travaille comme porte-scoumoune. Par ailleurs, Shelly, le directeur mafieux du casino voit débarquer Larry, un jeune diplômé, qui veut moderniser la boutique. Lady Chance passe ainsi en permanence du film noir au film romantique, et évite avec élégance les pièges de ces deux genres.
Le film est au moins aussi passionnant du point de vue de la Spirale Dynamique qu’il l’est de celui de l’Ennéagramme. Il décrit avec justesse les différences et l’opposition entre les vMèmes ROUGE et ORANGE, et entre leurs manières d’exprimer l’agressivité.
Shelly, le directeur du casino, est centré en ROUGE (avec une certaine dose de BLEU), là où Larry Sokolov, le "brillantissime vice-président" l’est en ORANGE. Il n’est absolument pas intéressé par les valeurs d’honneur de Shelly ; seul le retour sur investissement compte. L’opposition entre les deux hommes ne peut qu’être totale, chacun utilisant les armes de son vMème préféré : la brutalité pour Shelly, et une action plus indirecte pour Larry. Une scène intéressante illustre cette différence. Mikey, le fils de Bernie, vient d’essayer d’escroquer le casino de 150.000 dollars en trichant à une table de craps. Larry veut régler le problème en appelant la police et en le faisant interdire de jeu. Shelly s’en indigne : "Et je pourrais aussi leur offrir un gobelet de pop-corn comme en-cas pour leur retour chez eux." Sa solution aboutit à une des scènes les plus dures du film.
Le film illustre aussi de manière très intéressante comment peut se manifester l’amour dans un vMème comme ROUGE. Shelly a pour ami Buddy Stafford, un crooner qui travaille dans son casino et devient un chanteur médiocre sous l’effet de l’âge et de la drogue. Parce qu’il l’aime, Shelly le tue : "Il était presque à bout de course. J’ai voulu qu’il parte en beauté. Ça se serait mal terminé pour lui. […] Buddy n’aurait jamais accepté d’arrêter de se produire. Il se serait accroché contre vents et marées. Le public aurait fini par le faire souffrir, et ça je voulais pas. […] Ecoute-moi bien. J’aimais vraiment ce salopard, mais il était comme mort. Que voulais-tu que je fasse d’autre ? Que je l’abandonne à cette bande d’ordures ? Ce que j’ai fait n’était qu’un simple geste humanitaire, et j’ai ma conscience pour moi. Juste après, je l’ai pris dans mes bras et j’ai chialé comme un gamin."
Grand Prix du Jury au festival du film de Cognac, Lady Chance est un merveilleux conte sur le pouvoir de l’amour, et un plaisir de chaque instant porté par une mise en scène efficace et un trio d’acteurs époustouflants.
Mardi 6 décembre 2005
Outrant
Chaque vMème de la Spirale Dynamique apporte quelque chose au développement de l’humanité, mais cet apport crée à son tour des problèmes que seul le vMème suivant résout. ORANGE, par l’accent qu’il met sur le matérialisme, a profondément changé notre vie quotidienne, faisant de la vie de notre génération la plus confortable que l’histoire humaine ait connue. Mais poussé à l’extrême, le matérialisme devient insupportable et fait le lit de VERT.
Le procès d’Outreau, dont les acquittés sont reçus aujourd’hui à Matignon, en a donné un exemple tragique. Jean-Luc Viaux est l’expert psychologue qui a estimé crédibles les propos des enfants et remis un rapport confortant leurs accusations. Aucun expert n’est infaillible, mais la manière dont il a commenté son erreur laisse pantois : "Tant que la justice paiera les experts comme des femmes de ménage, elle aura des expertises de femmes de ménage."

Commentaires
mar 26 aoû 08, 07:18
Bonjour Coriolan, Il a rais on Sarkozy, quoi. Pourquoi est -ce qu'on nous gonfle av [...]
lun 25 aoû 08, 10:45
Comme chaque matin, je vais su r le site de Rue89 et là je dé couvre une [url=http://w [...]
jeu 21 aoû 08, 13:24
Bonjour Coriolan, En bon en néatype 7 glouton, je crois que j'aime tous les [...]
jeu 21 aoû 08, 11:32
C'est bien agréable ces restau rants où VIOLET est présent. J e les préfère à ceux qui [...]
mar 12 aoû 08, 13:01
Afficher ça sur son téléphone ! Comment est-ce possible ? Je pense à toutes ces pers [...]
dim 10 aoû 08, 14:12
Bonjour Jorune, Je trouve c ette phrase de Clare Graves tr ès éclairante sur JAUNE, [...]
dim 10 aoû 08, 12:24
Fabien, Clare Graves avait écrit en son temps au sujet de A'N' (JAUNE) : [i]"Il a [...]
dim 03 aoû 08, 20:09
Bonjour Fabien, La patte d 'oie ou de canard est le signe de liens avec le monde [...]
sam 26 jui 08, 10:48
Bonjour à tous, Mon cher Fa bien, je confirme que la marqu e Yves Rocher sur [...]