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« La connaissance de soi est une naissance à sa propre lumière, à son propre soleil. L'homme qui se connaît est un homme vivant. »
- Marie-Madeleine Davy
« Celui qui sera étudié lui-même sera bien avancé dans la connaissance des autres. »
- Denis Diderot
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Mardi 27 septembre 2005
Banzai !
Dans le dernier numéro de l’excellentissime et indispensable Cerveau & Psycho, Scott Atran, un anthropologue spécialiste des terroristes kamikazes donne une description passionnante de leur psychologie :
"L’aspect religieux, certes, constitue la cause qui fédère ces compagnons dans un premier temps, mais ce qu’ils recherchent, c’est la force du lien. Bien sûr, la règle est de mourir, mais cette règle se prête à leurs désirs, car elle est la marque des groupes vraiment unis, jusque dans la mort. Ce que nous montre le phénomène des attentats-suicides (et que nous refusons encore d’entendre, malgré les signaux d’alarme répétés), c’est le besoin viscéral, pour une certaine frange de la population de nos sociétés, de retrouver un lien humain très intense, au niveau du groupe, un lien fondé sur l’amitié et la parenté ; songeons que 70% des djihadistes entrent dans leur groupe par le biais d’un ami, et 20% par un parent. […]
"[Cette population] n’est pas aussi désespérée que ne le sont, par exemple, les dépressifs ou les toxicomanes. C’est plus subtil : elle est amère… Les kamikazes se révèlent (plus qu’ils ne se recrutent) parmi des cercles aisés de jeunes gens qui ont une situation professionnelle, souvent une famille, mais qui sont en profond décalage culturel avec la société civile. Il se sont adaptés à ce monde qui n’est pas le leur. Nés en Angleterre, ils ne sont plus de vrais Pakistanais, mais ils ne seront jamais de vrais Britanniques, du moins le ressentent-ils ainsi : si vous les écoutez, ils vous disent qu’ils ne se sentent pas dans leur pays. Sans pays, ils en reviennent au système d’appartenance primordiale de l’être humain : la tribu. Dès qu’on est dans une logique tribale, tout change : nous autres, insérés dans la société civile, ne pouvons le comprendre. Dans une tribu, les liens sont si forts que le prix de la vie et de la mort n’est plus le même. […]
"Ce ne sont pas des gens qui respirent la haine (et la plupart des observateurs qui les étudient sur le terrain vous le diront), mais cela va être horrible à dire, ce sont des gens qui respirent l’amour. Ce type d’analyse est presque impossible à entendre pour nous, mais il faut faire cet effort, sous peine de ne jamais rien comprendre au phénomène, et de le laisser s’étendre. Dans une logique tribale, il faut considérer l’intérieur du groupe, et il faut ici parler de besoin de compassion et d’intimité, plus que de haine et de destruction."
Il est difficile de faire un plus beau portrait de la mise en oeuvre du vMème VIOLET. Cependant VIOLET n’est certainement le vMème de ceux qui montent et gèrent les réseaux terroristes auxquels appartiennent les kamikazes. Face à cette menace, les gouvernements ont tendance à réagir par des mesures autoritaires issues de BLEU : Tony Blair propose de limiter l’exercice du prêche, Nicolas Sarkozy veut expulser les imams, et Dominique de Villepin claironne qu’il n’y a "pas d’autre communauté que la communauté nationale". BLEU est sans doute nécessaire. Mais il sera inefficace, voire contreproductif, s’il nie le droit à l’existence des vMèmes précédents, et de VIOLET en l’occurrence. Scott Atran le dit à sa manière :
"Pour les empêcher d’agir, il faut éradiquer leur logique à l’échelon le plus fondamental, c’est-à-dire leur ôter ce besoin irrépressible de créer un noyau compassionnel. Et pour cela, le plus logique et le plus facile à réaliser consisterait à favoriser la création d’autres noyaux affectifs ne représentant pas la même menace létale ; que ce soit dans les villes et dans le cyberespace, ces nouvelles communautés sont nécessaires pour que les gens puissent se trouver une tribu, ou une pseudofamille. Ces nouveaux groupes, cependant, devront relever un défi : être aussi proches et engagés auprès des kamikazes potentiels que le sont leurs groupes de terreur."
Source : Scott Atran, “Terroristes en quête de compassion”, Cerveau & Psycho, N° 9, Septembre-octobre 2005, pp. 12-14
Vendredi 23 septembre 2005
Au quatrième clope… vous êtes viré
Il semble que l’usage des drogues diminue fortement avec le vMème VERT pour disparaître quasiment avec la deuxième boucle. Cesser de fumer risque donc d’être de plus en plus tendance, et on peut imaginer des arguments à tous les niveaux d’existence.
Leaders en matière de lutte contre le tabagisme, les États-Unis se sont placés sur le terrain ORANGE, c’est-à-dire sur celui du tiroir-caisse. Les entreprises américaines se sont aperçu que depuis le début du siècle, les salaires de leurs employés leur coûtaient 12,3% de plus, mais que le financement de la couverture santé de leur personnel avait, lui, augmenté de 59%. Ajoutons que chaque fumeur, parce qu’il fait des pauses-cigarette, a une attention moindre et est irritable, coûte 1760 dollars par an en perte de productivité. Il s’absente six jours et demi de plus, consulte six fois plus le médecin, et a des hospitalisations plus longues que son vertueux collègue non-fumeur.
On ne plaisante pas avec ces choses-là. Dans vingt États, un patron a le droit de refuser d’embaucher un fumeur, et même de licencier un salarié qui ne fume que durant ses loisirs. L’un des nombreux patrons à utiliser cette possibilité, Howard Weyers, le P-DG de Weyco déclare, serein : "Je n’ai pris personne par surprise. J’ai laissé à mon personnel plus de quinze mois pour qu’il décide, en conscience, ce qui est le plus important pour lui : son emploi ou la cigarette." Quand il a introduit les tests nicotiniques dans son entreprise d’environ 200 personnes, quatre salariés fumeurs ont démissionné, et une vingtaine d’autres ont abandonné le tabac. "Autant de vie de sauvées", se réjouit Howard Weyers. Il faut insister un peu pour qu’il avoue avoir, dans la foulée, sauvé près de 100.000 dollars par an.
La santé, ça n’a pas de prix. Tout le monde sait cela.
Source : Isabelle Lesniak, “Bosser ou fumer, chez l’Oncle Sam, il faut choisir”, Liaisons Sociales, N° 63, juin 2005, pp. 50-52
Mercredi 14 septembre 2005
Katrina à la Nouvelle-Orléans
La catastrophe qui a touché le sud-est des États-Unis a été frappante d’une part par la violence des éléments et le désastre humain qui en a découlé, et d’autre part par les scènes de désespoir et/ou de violence qui ont suivi le passage du cyclone. Il s’agit là d’une tragique illustration de la théorie de la Spirale Dynamique, où le changement des conditions de vie provoque et parfois nécessite un ajustement des capacités cérébrales, avec la réactivation des vMèmes du début de la Spirale.
Il est évident que l’ampleur du danger crée des conditions de vie de type A, ramène au premier plan la problématique de survie de BEIGE, et peut lui donner le pas sur les autres niveaux. On a vu des policiers fuir la ville, seuls, au volant de leur voiture de police. Selon la Tribune de Genève, un enfant de sept ans, Dermond Stoball, a mangé sa propre main pour survivre.
D’autres ont été moins effrayés, ont perçu les conditions de vie comme étant de type B, et ont activé VIOLET. Certains ont pu régresser en BEIGE pendant les premières heures du drame, et évoluer ensuite vers VIOLET. Ceux-là accordent la priorité à sauvegarder leur famille, ou le groupe humain auquel ils se sentent connectés et qui constitue leur tribu du moment. VIOLET implique solidarité et réciprocité, et c’est probablement à ce niveau que s’est manifesté le plus d’assistance mutuelle.
Certains étaient centrés en ROUGE avant le cyclone. Pour eux, celui-ci a été une aubaine leur permettant de satisfaire leurs impulsions. Mais d’autres, de respectables citoyens en temps normal ont perçu les conditions de vie comme une jungle C, et ont régressé en ROUGE : pillages, viols, agressions. Ces personnes sont une minorité, mais bien entendu une minorité visible et active faisant la fortune des médias.
Le rétablissement d’une situation normale implique bien entendu en priorité de rassurer BEIGE en fournissant eau, vivres et abri. Il est ensuite urgent de rétablir BLEU, avant que ROUGE ne se répande suffisamment pour qu’une part de plus en plus importante de la population considère que les conditions de vie sont en C. Il semble que cette étape a été franchie.
Certains journalistes ont exprimé leur étonnement devant le spectacle qu’a donné l’Amérique à cette occasion, comme si de telles scènes ne pouvaient avoir lieu dans un pays dit développé. C’est méconnaître le fait qu’un système de valeurs ne remplace jamais totalement le précédent, mais au contraire laisse celui-ci disponible en cas de besoin. C’est un mécanisme de survie qui peut être utile. Même si certains actes sont condamnables et doivent être condamnés, on ne peut pas porter de jugement négatif sur les personnes ayant régressé dans les premiers niveaux de la Spirale. Beaucoup, sortis de la crise, ne comprendront plus comment ils ont pu vivre ou se comporter ainsi. Comment réagirions-nous si nous étions confrontés à un stress gigantesque et à l’absence soudaine de structures ? Face à la faim et à la soif ? Devant un de nos proches désespérément en besoin d’aide ?
Une des dures leçons que nous laisse Katrina est que les systèmes de secours en cas de catastrophe doivent aussi être prêts à gérer cette dimension psychologique.
Mardi 13 septembre 2005
Bombón el perro
Bombón el perro, de Carlos Sorin, est un des films sympathiques sortis cet été. C’est l’histoire de Juan Villegas, un employé d’une station-service qui se retrouve au chômage. Pour survivre, il habite chez sa fille, fabrique et essaye de vendre des couteaux. Un jour, une personne à qui il a rendu service lui offre Bombón, un superbe dogue argentin. La chance tourne alors pour lui.
Le film est émouvant, subtil et digne, et les acteurs, non professionnels, donnent un réalisme étonnant à l’histoire. Le personnage de Juan Villegas est un extraordinaire portrait de 9 dans l’Ennéagramme. Quant à Walter Donado, le dresseur de chien, voilà un ennéatype 7 bien typique.
Du point de vue de Spirale Dynamique, le milieu des dresseurs de dogues est marqué par VIOLET et ORANGE, notamment. En termes de VIOLET, il faut voir la réaction des dresseurs quand Juan est mordu par son chien : ça y est, il a passé l’initiation et fait partie de la tribu ; les dresseurs se montrent leurs cicatrices, comme si c’étaient des scarifications rituelles ! ORANGE est là bien sûr par la compétion, et surtout les objectifs financiers des expositions canines.
A voir entre deux lectures du blog.
Samedi 10 septembre 2005
Le cerveau nouveau est arrivé
Le cerveau a été considéré pendant très longtemps comme un organe paradoxal, à la fois extraordinairement flexible par les créations et les suppressions continuelles de connexions entre les neurones, et étonnamment figé, aucun nouveau neurone ne pouvant être créé, et la structure cérébrale étant inchangée depuis environ 50000 ans. On sait depuis quelque temps déjà que la première limitation est inexacte, et voilà que Bruce T. Lahn et ses collègues de l’Université de Chicago proposent que le cerveau humain est encore en pleine évolution.
Deux gènes impliqués notamment dans la détermination de la taille du cerveau ont subi d’importantes transformations. L’un d’entre eux, la microcéphaline, a muté il y a environ 37000 ans : 70% de la population de l’Europe et de l’Asie de l’Est sont porteurs du nouvel allèle, qui est beaucoup plus rare dans la plupart des populations sub-sahariennes. Le second, ASPM, a muté il y a environ 5800 ans : la fréquence de l’allèle est de 50% en Europe et au Moyen-Orient, plus faible ailleurs.
Même si l’étude n’a été publiée qu’hier, elle provoque déjà une forte polémique, par ses implications éthiques et sociales et par l’utilisation qui pourrait en être faite par des causes racistes.
En Spirale Dynamique, la question est souvent posée de l’apparition des nouveaux vMèmes. Clare Graves, dont les recherches sont à l’origine du modèle, vivait à l’époque du “cerveau figé”, et pensait que les niveaux d’existence correspondaient à des capacités cérébrales activées en cas de besoin. Cette explication était gênante, car elle impliquait l’existence de structures cérébrales non-utilisées, et on ne voit pas bien au nom de quoi de telles structures auraient été sélectionnées au cours de l’évolution. Les travaux de l’équipe de Bruce T. Lahn offrent une perspective plus conforme à ce que nous savons de l’évolution s’il se révélait que d’autres mutations ont eu lieu : l’apparition des structures cérébrales correspondant aux nouveaux vMèmes serait le fruit de mutations, dues au hasard, qui seraient sélectionnées dès lors que les conditions de vie les rendraient avantageuses.
D’autant que déjà les deux dates proposées et la répartition géographique font irrésistiblement penser à l’apparition de VIOLET et BLEU.
Source : University of Chicago researchers find human brain still evolving
Mercredi 7 septembre 2005
Le mammouth passe à l'ORANGE
Difficile de l’ignorer, c’est la semaine de la rentrée des classes. À cette occasion, Télérama publie une étude sur l’évolution du corps professoral et de son image auprès des Français.
Dans les dix ans qui viennent, près de la moitié des enseignants du premier et du second degré vont partir à la retraite et être remplacés par une nouvelle génération de professeurs. Quelle que soit la politique menée au niveau gouvernemental, ce changement aura un impact considérable sur le fonctionnement de l’Éducation Nationale. Depuis Jules Ferry et les hussards de la République, l’éducation est dominée en France par le vMème BLEU : la mission d’enseignement de service public est une oeuvre sacrée que les enseignants ont mené avec un dévouement, parfois un esprit de sacrifice, exemplaire. Comme il est normal, ils ont manifesté le meilleur de BLEU, mais ils en ont aussi montré les limitations. Dans une France qui a basculé en grande partie vers ORANGE, l’inertie et la bureaucratie BLEU de l’école ont été critiquées.
D’après Jean-Pierre Obin, inspecteur général, les nouveaux profs sont eux "plus pragmatiques et plutôt individualistes. […] Affranchis des grands idéaux collectifs, à l’image de leur génération, ils s’attachent à résoudre de façon concrète les questions qui se posent à eux." Le sociologue Patrick Rayou renchérit : "Ils voient leur métier comme un autre, et non pas comme une mission. Cette génération refuse l’esprit de corps et s’identifie peu au milieu enseignant." Bref, voilà la génération ORANGE qui débarque.
Le fâcheux est que cette mutation se produit au moment où VERT commence à se répandre dans une partie de la jeunesse. Le décalage de vMèmes entre enseignants et enseignés risque donc de perdurer, ce qui est quasiment inévitable, le parcours le long de la Spirale Dynamique s’accélérant (au moins sur la première boucle). Formulé autrement, c’est d’ailleurs un des reproches que les Français font aux professeurs, mais ils ne leur en tiennent pas rigueur, et leur appréciation globale est extrêmement positive : les enseignants aiment enseigner (85,5%), aiment leur métier (84%), sont compétents dans leur discipline (81%), et savent expliquer et éveiller la curiosité des élèves (75,5%). Une cote d’amour que beaucoup de professions peuvent leur envier.
Source : Thierry Leclère, “Profs, on vous aime !”, Télérama, N° 2903, 31 août 2005, pp. 8-19
Samedi 3 septembre 2005
Bulletin VERT
Dans cet État, plus de 160 référendums d’initiative populaire ont été organisés. Certes, il y a des représentants élus, mais les citoyens se désintéressent de plus en plus d’eux car leur rôle dans l’élaboration de la politique de l’État diminue sans cesse. Par exemple, 73% des citoyens estiment que « les décisions budgétaires devraient être prises par l’électorat plutôt que par le corps législatif. »
Bien sûr les parlementaires objectent. Ils affirment que les droits des minorités sont ainsi moins bien protégés, mais plus de 60% des Asiatiques, des Noirs ou des Latinos sont farouchement favorables au référendum d’initiative populaire. Les députés clament que la plupart des électeurs ne lisent pas en détail les projets de loi qui leur sont soumis et se fient à des gens à qui ils font confiance, mais ils font de même avec les quelque 1200 projets qu’ils votent chaque année.
Aujourd’hui, le référendum d’initiative populaire fait sens dans un pays où la technologie permet l’accès de tous à l’information, et où 85% de la population possède un diplôme d’enseignement secondaire et 25% un diplôme universitaire.
La montée de la démocratie directe en remplacement de la démocratie représentative est un des signes dans nos sociétés de la transition entre ORANGE et VERT. Certes, les vMèmes comme BLEU et ORANGE essayent de récupérer le dipositif à leur avantage, mais à terme, il joue contre eux.
Cet État, c'est… la Californie.
Source : John G. Mtsusaka, “Vent en poupe pour la démocratie directe”, Courrier international, N° 764, 23 juin 2005, p. 21

Commentaires
jeu 04 sep 08, 05:46
Bonjour à tous, Nos amis de Google viennent de sortir un navigateur Internet appe [...]
jeu 04 sep 08, 05:28
Bonjour Wallace, "D'où la nécessité du toute vie de la deuxième boucle ?" [...]
jeu 04 sep 08, 05:03
Bonjour à tous, C'est un pl aisir de vous voir rentrés. Wallace, j'avais entend [...]
mer 03 sep 08, 14:27
Jorune, je suis entièrement d' accord avec ce que tu écris, m ais je ne comprends guèr [...]
mer 03 sep 08, 12:41
Oui, Wallace, mais il y a utiliser et utiliser, et pour ma part, je m [...]
mer 03 sep 08, 09:25
À l'Université d'été du PS, Sé golène Royal a fait une courte apparition. Elle a cité [...]
mer 03 sep 08, 09:19
[i]"La seule chose qui diffère est notre définition plus lar ge de ce qu'est un être [...]
mar 26 aoû 08, 07:18
Bonjour Coriolan, Ben oui q uoua ? Pourquoi est-ce qu'on n ous gonfle avec la Princ [...]
lun 25 aoû 08, 10:45
Comme chaque matin, je vais su r le site de Rue89 et là je dé couvre une [url=http://w [...]