Singapour, l’un des quatre Petits Dragons, est un passionnant exemple in vivo d’évolution d’une société le long de la Spirale Dynamique.
La ville-État de Singapour compte quatre millions d’habitants appartenant à cinq ethnies différentes, qui, lors de la création du pays par sa séparation de la Malaisie en août 1965, étaient pour la plupart centrées en VIOLET et ROUGE. Pétri de morale confucéenne, Lee Kuan Yew, le fondateur du pays, a donc compris la nécessité de créer une société BLEU. Pour cela, il a pris deux types de mesures.
D’abord, il a instauré des lois extrêmement strictes. L’interdiction de mâcher des chewing-gums est emblématique et a fait le tour du monde occidental, mais ce n’est que le sommet de l’iceberg : jeter un simple ticket de métro dans la rue vous vaut des amendes d’un montant exorbitant, les voitures sont tellement taxées que cela revient à les interdire à la plupart de la population, les véhicules utilitaires sont équipés obligatoirement d’un signal lumineux externe qui indique tout dépassement de vitesse, il faut être marié pour obtenir un logement, les pratiques sexuelles jugées contre-nature sont réprimées, la possession de drogue peut valoir la peine de mort, le châtiment de bastonnade est prévu pour une trentaine d’infractions, etc.
Ensuite, Lee Kuan Yew a voulu créer une unité nationale transcendant les particularités ethniques : la langue officielle est l’Anglais, un service militaire obligatoire d’une durée de 2 ans avec des rappels annuels pendant 13 ans a été instauré, des vacances publiques communes ont été crées, des festivals ont été organisés. En même temps, la tolérance envers tous les types de croyance est devenu un principe intangible.
Vu depuis les normes européennes ORANGE, tout cela ne peut que surprendre et choquer. Mais cela s’est révélé efficace. Il y a un véritable sentiment national singapourien BLEU qui transcende les particularismes culturels VIOLET, et Singapour est la ville du monde la plus propre et la plus sûre ce qui montre l’efficacité de la mise sous contrôle de ROUGE.
Parallèlement, le gouvernement de Singapour a voulu développer son économie et l’absence totale de ressources naturelles imposait que ce soit dans les hautes technologies et le tertiaire. Mais bien évidemment une société BLEU n’est pas le terreau idéal pour ce type d’activités : trop de contraintes et pas assez d’initiative individuelle notamment. D’où la crise économique du début des années 2000.
Le gouvernement a alors entamé une démarche destinée à développer le vMème ORANGE.
Le corset législatif est en train d’être assoupli : on peut consommer du chewing-gum si on dispose d’une ordonnance médicale, les homosexuels peuvent désormais travailler dans la fonction publique, des spectacles avec des danseuses aux seins nus ont été autorisés et la femme de Lee Kuan Yew y a même assisté, des films parlant de sexe ou critiquant ouvertement le pouvoir en place sont projetés, etc. Cette libéralisation ne se fait pas sous la pression de l’opinion publique, et bien au contraire fait plutôt peur à l’homme de la rue. Elle reste sous contrôle de façon à ne pas perdre les avantages de BLEU.
Parallèlement à la prudente démocratisation de la société, l’économie a évolué en utilisant là aussi un mélange efficace de BLEU et d’ORANGE. L’éducation est une priorité avec un mélange de discipline, de haute technologie, de compétitivité et de recherche d’efficacité. Les activités de haute technologie sont développées de manière volontariste. Par exemple, dès 2000, un plan de 5 ans a été élaboré pour faire des biotechnologies le troisième pilier de l’économie à côté de la chimie et de l’électronique. Immédiatement, l’arsenal législatif nécessaire pour que les meilleures sociétés étrangères puissent s’installer à Singapour tant qu’elles embauchent et produisent sur place a été promulgué, des lois autorisant les expérimentations nécessaires ont été votées, les démarches administratives permettant l’installation et le travail des chercheurs ont été considérablement simplifiées. Déposer un brevet international est remarquablement facile et un simple coup de fil permet d’obtenir les équipements nécessaires à son activité. Résultat, les ténors mondiaux de l’industrie se sont installés à Singapour, les chercheurs étrangers reconnaissent n’avoir jamais travaillé dans d’aussi bonnes conditions, et le secteur représente déjà 8% de la production totale de l’État.
Étonnant, non ? Que donnera cette marche forcée le long de la Spirale ? Le gouvernement de Singapour respecte les étapes de développement du modèle de Graves, mais le rythme accéléré auquel est soumis la population est-il réaliste ? Singapour saura-t-il aller au-delà d’ORANGE ou la vision des dirigeants s’arrête-t-elle là ? Un laboratoire social à suivre de près.
Source 1 : Marco Rangi, “Le dragon rentre ses griffes”, L’Express, N° 2729, 23 octobre 2003
Source 2 : Nathalie Villard, “Singapour offre des ponts d’or aux as des biotechs”, Capital, N° 163, Avril 2005, p. 9
Commentaires
jeu 04 sep 08, 05:46
Bonjour à tous, Nos amis de Google viennent de sortir un navigateur Internet appe [...]
jeu 04 sep 08, 05:28
Bonjour Wallace, "D'où la nécessité du toute vie de la deuxième boucle ?" [...]
jeu 04 sep 08, 05:03
Bonjour à tous, C'est un pl aisir de vous voir rentrés. Wallace, j'avais entend [...]
mer 03 sep 08, 14:27
Jorune, je suis entièrement d' accord avec ce que tu écris, m ais je ne comprends guèr [...]
mer 03 sep 08, 12:41
Oui, Wallace, mais il y a utiliser et utiliser, et pour ma part, je m [...]
mer 03 sep 08, 09:25
À l'Université d'été du PS, Sé golène Royal a fait une courte apparition. Elle a cité [...]
mer 03 sep 08, 09:19
[i]"La seule chose qui diffère est notre définition plus lar ge de ce qu'est un être [...]
mar 26 aoû 08, 07:18
Bonjour Coriolan, Ben oui q uoua ? Pourquoi est-ce qu'on n ous gonfle avec la Princ [...]
lun 25 aoû 08, 10:45
Comme chaque matin, je vais su r le site de Rue89 et là je dé couvre une [url=http://w [...]