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« La connaissance de soi est une naissance à sa propre lumière, à son propre soleil. L'homme qui se connaît est un homme vivant. »
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« Celui qui sera étudié lui-même sera bien avancé dans la connaissance des autres. »
- Denis Diderot
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Lundi 21 mars 2005
Tchétchénie ROUGE
À l’occasion du Salon du livre, Courrier International sort cette semaine un intéressant dossier sur la littérature tchétchène dont c’est un euphémisme de dire qu’elle est méconnue. Parmi les extraits d’oeuvre cités, plusieurs donnent une description claire de la culture du pays, dominée par le vMème ROUGE. Il existe bien entendu aussi une influence non négligeable de VIOLET, et la religion musulmane a introduit des éléments de BLEU qui reste pourtant minoritaire.
Soultan Iachourkaev a une vision très positive de la société tchétchène : "En Tchétchénie, la parole a toujours existé. Elle valait ce que valait celui qui la donnait, ou celui-ci valait ce que valait sa parole. Les gens la prenaient en gage, donnaient en échange un troupeau de moutons, de boeufs, de chevaux. Derrière la parole, il y avait un HOMME, sa lignée, sa conscience et… un poignard. […] Les Tchétchènes ont un mot de deux lettres, iakh. Il signifie à la fois héroïsme, fierté, honneur, noblesse, force, audace et encore d’autres choses que tout gamin de 7 ans élevé dans le plus perdu des aoul tchétchènes comprend facilement, mais que ceux qui jettent aujourd’hui des bombes sur cet enfant ont du mal à comprendre. C’est un état d’esprit particulier, mais aussi un état physique : être prêt, de manière très consciente, joyeuse, à endurer n’importe quoi pour accomplir ce qui doit être accompli. Toutes les plus grandes qualités humaines sont contenues dans ce mot. Tous les jours, je vois des jeunes gens en armes, certains partent au combat, d’autres reviennent. Sur leurs visages, des sourires qui ne sont ni de la bravade, ni une grimace forcée. Ils sont en état de iakh. Le iakh, c’est le parcours de l’être humain depuis sa naissance jusqu’à l’exploit et la digne mort, jusqu’au point culminant de l’élévation morale et physique."
Abouzar Aïdamirov est beaucoup plus critique. Il insiste sur les méfaits de l’individualisme de ROUGE, sur le manque de développement spirituel que BLEU pourrait compenser, et sur l’absence de démocratie façon ORANGE : "Toute société repose sur quatre piliers : l’éducation, la santé, la culture et l’économie. Mais la base, c’est l’éducation. Or nous n’avons jamais eu le culte des études. Même dans le folklore, on célèbre le courage, la force, l’audace. Cela induit un faible niveau de conscience collective. C’est pour cela qu’il est si facile d’entraîner les Tchétchènes dans n’importe quelle aventure. […] C’est aussi pour cette raison que les Tchétchènes n’ont aucune cohésion interne, qu’ils ne s’entendent pas entre eux. En outre, notre peuple supporte très mal d’être dirigé. Beaucoup en sont même fiers, affirmant qu’ils n’ont jamais accepté aucun chef et qu’ils ont ainsi constitué une société démocratique à part. Mais, en réalité, c’est là un signe d’arriération. Nous n’avons aucune vision de l’État, aucune idée nationale. […] Les tragédies historiques successives que la Tchétchénie a connues sont le résultat de notre arriération spirituelle. […] Nous étions des anarchistes et nous le sommes restés. Massivement, les Tchétchènes s’opposent à toute soumission aux autres. C’est pourquoi ils sont indifférents aux élections de leurs dirigeants : pour eux, peu importe qui va occuper le poste suprême, ils ne le reconnaissent de toute façon pas comme chef. D’où un certain nihilisme à l’égard des dirigeants."
Puisque Spirale Dynamique décrit des systèmes de valeur, laissons la conclusion à Apti Bissoultanov : "En Tchétchénie, le monde n’a plus de masque. On fait l’expérience de la vérité sur la relation entre Russes et Tchétchènes, entre Russes, entre Tchétchènes. Et, par son silence face à la guerre, le reste du monde aussi montre son vrai visage."
Source 1 : Soultan Iachourkaev, “Iakh”, Courrier international, N° 750, 17 mars 2005, p. 31
Source 2 : Sieglinde Geisel, “La beauté de la poésie n’a plus rien à voir avec la vraie vie”, Courrier international, N° 750, 17 mars 2005, p. 37
Source 3 : Abouzar Aïdamirov, “Nous sommes restés des anarchistes”, Courrier international, N° 750, 17 mars 2005, pp. 32-33
Jeudi 17 mars 2005
Wiki
Il n’y a pas que les blogs dans la vie ! L’Internet connaît une autre mode : les wikis. Un wiki est "un site web dynamique, dont tout utilisateur peut modifier les pages à volonté. Le principe est simple : il s’agit d’un modèle coopératif de rédaction de documents. […] Concrètement, n’importe quel visiteur a le droit de modifier la page qu’il est en train de lire. […] Ainsi, un premier auteur va rédiger un article, un second va le compléter, puis un visiteur va corriger une erreur qu’il aura remarquée en navigant sur le site.". La définition ci-dessus est extraite du plus célèbre des wikis, Wikipédia dont l’objectif est de réaliser une encyclopédie multilingue gratuite.
S’intégrant dans la mouvance des logiciels libres, Wikipédia est bien évidemment un projet marqué par le vMème VERT. Il va même loin dans le communautarisme puisque les différentes entrées sont rédigées de manière anonyme.
Le succès d’un wiki présuppose évidemment que les visiteurs-auteurs respectent des valeurs compatibles avec VERT : "respecter la politesse et la contribution d’autrui ; proposer plutôt qu’imposer ; rendre lisible sans trahir." C’est là que le bât blesse : des personnes fonctionnant à partir de vMèmes précédents modifient des articles pour le plaisir, pour porter tort à certaines personnes, ou dans leur propre intérêt. Même s’il est très limité, ce phénomène est fâcheux, car comment savoir si tel ou tel article est fiable ? En théorie, toute erreur est corrigée par les visiteurs suivants, mais avec à ce jour plus de 87 000 articles pour la version française (plus de 488 000 pour la version anglaise), il faut un certain temps avant que les erreurs soient détectées, d’autant plus que le sujet est marginal ou complexe, et/ou que le nombre de visiteurs est faible. En conséquence, certains wikis VERT limitent l’accès en écriture aux membres d’une communauté.
Cela illustre la fragilité de tout vMème minoritaire qui doit affronter un monde où les autres vMèmes voient son existence d’un mauvais oeil :
- VIOLET fait clairement la distinction entre celui qui sait et les autres, et ne peut donc pas participer.
- ROUGE voit dans les wikis un terrain de jeu idéal pour faire facilement des dégâts.
- BLEU ne supporte pas le pluralisme d’idées que les wikis impliquent.
- ORANGE est surtout dans l’incompréhension : c’est quoi ces gugusses qui travaillent sans que cela ne leur rapporte rien matériellement ; cela ne peut pas réussir durablement. Il est dans l’ensemble hostile aux wikis, comme il l’est aux logiciels libres et aux démarches similaires. Parfois cependant, il s’implique dans les wikis afin de faire de la publicité à ses propres projets et à ses propres affaires, détournant ainsi le système de son objectif initial.
- JAUNE n’a rien contre le travail collaboratif, bien au contraire, à condition que ce soit une collaboration de gens compétents. Il ne supporte pas donc l’idée que des personnes peu ou mal informées puissent s’exprimer sur un sujet au même titre que des experts. Il n’apprécie pas non plus l’anonymat qui ne permet pas de vérifier et recouper les données. Il voit dans les wikis un nivellement par l’opinion majoritaire qui ne peut, selon lui, qu’aboutir à une information médiocre pour des sujets complexes.
En résumé, les wikis, sous leur forme actuelle, dureront ce que durera VERT.
Mardi 8 mars 2005
Journée des schtroumpfettes
Un monde dont les valeurs sont issues de BLEU est organisé selon une vérité absolue, et chacun est à sa place et doit y rester. Tel que BLEU s’est concrétisé en Occident, la place des femmes était au foyer, pendant que les hommes vaquaient aux occupations extérieures. Cette répartition des rôles a en fait facilité la transition des hommes vers le vMème ORANGE et retardé d’autant celle des femmes.
Censés être symbolisés par cette Journée des femmes du 8 mars, les grands thèmes de la revendication féministe (droit à disposer de son corps, égalité des droits, égalité des salaires à poste égal, etc.) sont en fait une exigence légitime à profiter des aspects positifs d’ORANGE.
Ce mouvement est souhaitable. D’abord pour un simple principe de justice. Ensuite parce qu’une fois en ORANGE, les femmes, globalement moins individualistes que les hommes pour d’évidentes raisons génétiques, accélèreront sans doute le passage en VERT dont le besoin dans notre société commence à se faire fortement sentir.
Dimanche 6 mars 2005
Le Couperet
Costa-Gavras est l’un des rares cinéastes politiques français et parmi eux, un des encore plus rares à savoir faire des oeuvres populaires au sens noble du terme. Le Couperet, son dernier opus, est un film engagé et militant, un drame social et humain porté par la magnifique et subtile interprétation de José Garcia.
Adapté d’un roman de Donald Westlake, l’anecdote est simple. Travaillant dans l’industrie papetière, Bruno Davert est licencié par son entreprise, à la suite d’un plan de délocalisation et de compression de personnel. Avoir été un cadre supérieur loyal, compétent et créatif n’est pas suffisant pour retrouver du travail dans une industrie en crise. Après plus de deux ans de vaines recherches, Bruno Davert décide de créer son propre emploi : pour cela, il va assassiner un spécialiste de l’industrie papetière en fonction, et tous les chômeurs qui seraient susceptibles d’occuper ce poste devenu disponible.
Outre son intérêt sur le plan cinématographique, le film est passionnant du point de vue de Spirale Dynamique. Globalement, il est une critique acerbe des aspects négatifs du vMème ORANGE tels qu’ils se manifestent dans l’économie libérale actuelle : l’objectif matérialiste a tout emporté dans le monde professionnel de Bruno Davert.
Le personnage de Davert est plus diversifié. Lorsqu’il était en poste, il manifestait à la fois les vMèmes VIOLET et ORANGE. Sa vie collective dans l’entreprise était marquée par VIOLET : ses collègues et lui constituaient une “tribu”. En même temps, il était parfaitement intégré sans états d’âme dans le monde ORANGE, menant une vie bourgeoise et socialement conforme.
Le parcours de Bruno Davert illustre bien la théorie du changement de Spirale Dynamique.
Son licenciement constitue pour lui ce que la théorie appelle un point β : Bruno Davert est confronté à un problème qui n’a pas de véritable solution au sein du vMème en cours, ORANGE. Il ne le sait pas et est persuadé de retrouver rapidement un emploi à la hauteur de ses compétences.
L’échec de cette recherche l’amène au creux γ : il réalise que les moyens traditionnels ne lui permettront jamais de retrouver un emploi. Il a un insight sur l’origine du problème : les usines ne sont plus là pour fabriquer du papier, mais uniquement comme prétexte à produire de l’argent pour les actionnaires ; l’homme n’est plus qu’un outil au service de cet objectif. Il perçoit même que la solution consiste à remettre l’humain au centre et à passer d’un monde centré sur soi à un autre plus collectif. A ce moment du film, Bruno Davert est en état de transition entre ORANGE et VERT, en ORANGE/vert plus précisément.
Mais il se révèle incapable d’aller jusqu’au bout du changement et de trouver une solution en VERT. Il revient donc à une démarche individualiste ORANGE et commence à abattre ses “concurrents”.
Pour connaître le résultat de cette démarche, rejoignez votre salle obscure préférée.
Vendredi 4 mars 2005
Gay comme un pingouin ?
Au moins en Occident, le vMème BLEU a fortement condamné l’homosexualité perçue comme s’opposant à la Loi Naturelle. Plus individualiste, ORANGE la tolère et manifeste même depuis peu son enthousiasme devant le juteux marché que représente la communauté gay. Pour VERT, il ne fait pas de doute que l’homosexualité ne doit faire l’objet d’aucun ostracisme.
Tout ceci est bel et bon, bien sûr, tant que ne se met pas en place une nouvelle intolérance. Or tous les vMèmes collectifs de la première boucle, VERT y compris, ont une fâcheuse tendance à cela.
Heike Kück, directrice du zoo de Bremerhaven en Allemagne, reçoit actuellement des lettres d’insultes du monde entier. Le motif ? Son zoo héberge six pingouins mâles qui ont constitué trois couples homosexuels, copulent régulièrement, et couvent des pierres n’ayant évidemment pas d’oeufs. L’espèce étant en voie de disparition, Mme Kück a importé quatre femelles suédoises, espérant obtenir une reproduction au cas où les pingouins n’auraient eu des comportements homosexuels que par manque de présence féminine.
Les associations gays se sont mobilisées pour "le libre accouplement des pingouins" et "ne décolèrent pas". Peut-être un peu excessif, non ?
Source : “Libérez les pingouins”, Courrier international, N° 746, 17 février 2005, p. 55
Mardi 1 mars 2005
Morale ? Késako ?
Nous avons déjà signalé (cf. par exemple “À bicyclette") que pour ORANGE, la fin justifie les moyens. C’est en partie une conséquence du rejet de BLEU sur lequel le vMème s’est construit. Poussé à l’excès, cela peut donner une absence de repères moraux assez époustouflante.
Et où trouver ORANGE plus excessif que dans les business schools américaines ?
Un enseignant de Philadelphie a demandé à ses étudiants d’énoncer des comportements inadmissibles en entreprise. Silence général. Comme il insistait, un étudiant particulièrement brillant eut une idée : "Bon, j’imagine que vous ne pouvez tout de même pas tuer vos subordonnés." Ce “j’imagine” est absolument merveilleux ! En tout cas, il permit de lancer le débat, mais les étudiants ne purent se mettre d’accord sur aucun autre comportement vraiment répréhensible.
Abasourdi, le professeur essaya de leur faire comprendre qu’une telle amoralité allait créer un monde difficile à vivre. Ses étudiants le ramenèrent vite fait à la réalité : "C’est celui dans lequel nous vivons déjà." Pour eux, "un profit est un profit", quelle que soit la manière dont il a été obtenu. Les personnages de Gordon Gekko et Bud Fox dans le film Wall Street ont apparemment moult disciples.
En termes de Spirale Dynamique, nous sommes là devant un exemple d’attitude dite coincée, c’est-à-dire devant une incapacité totale à concevoir l’existence et/ou la validité des vMèmes autres que celui à partir duquel on fonctionne. C’est bien évidemment la situation la plus dangereuse pour la personne comme pour son environnement social.
Source : Serge Halimi, “Éthique et liberté économique”, Le Monde Diplomatique, Février 2005, p. 2

Commentaires
ven 10 oct 08, 08:23
Bonjour Aurore, [i]"Je pense que oui… En écrivant la phra se citée, je m'étais dit [...]
jeu 09 oct 08, 16:34
Bonjour à tous, @ Fabien : "Début d'une hypothèse scientifique ORANGE ?" [...]
jeu 09 oct 08, 16:18
Bonjour à tous, Ouah… Super , je pars de ce pas vivre en O uganda ! J'ai toujours r [...]
lun 06 oct 08, 09:46
Aurore, mon fils est maintenan t suffisamment grand pour qu'i l sache me dire non, par [...]
lun 06 oct 08, 09:35
Aurore dit : [i]"J'ai vu Wallace se demander où étaient les absents avantagés par le [...]
lun 06 oct 08, 08:09
Bonjour à tous, Aurore : [i]"Comment faites-vous tous pou r vivre, et pas seulemen [...]
lun 06 oct 08, 07:43
Très simple Aurore : à 9 ans, j'avais une idée assez précise des métiers que je voul [...]
dim 05 oct 08, 12:31
Merci pour vos réactions. Oui, ce stage m'a bien fait avance r, et c'est surtout le f [...]
dim 05 oct 08, 07:47
Bonjour à tous, @Christian : [i]"Une personne à dominante ER peut-elle [...]