À l'occasion du Salon du livre, Courrier International sort cette semaine un intéressant dossier sur la littérature tchétchène dont c'est un euphémisme de dire qu'elle est méconnue. Parmi les extraits d'œuvre cités, plusieurs donnent une description claire de la culture du pays, dominée par le vMème ROUGE. Il existe bien entendu aussi une influence non négligeable de VIOLET, et la religion musulmane a introduit des éléments de BLEU qui reste pourtant minoritaire.
Soultan Iachourkaev a une vision très positive de la société tchétchène : « En Tchétchénie, la parole a toujours existé. Elle valait ce que valait celui qui la donnait, ou celui-ci valait ce que valait sa parole. Les gens la prenaient en gage, donnaient en échange un troupeau de moutons, de boeufs, de chevaux. Derrière la parole, il y avait un HOMME, sa lignée, sa conscience et… un poignard. […] Les Tchétchènes ont un mot de deux lettres, iakh. Il signifie à la fois héroïsme, fierté, honneur, noblesse, force, audace et encore d'autres choses que tout gamin de 7 ans élevé dans le plus perdu des aoul tchétchènes comprend facilement, mais que ceux qui jettent aujourd'hui des bombes sur cet enfant ont du mal à comprendre. C'est un état d'esprit particulier, mais aussi un état physique : être prêt, de manière très consciente, joyeuse, à endurer n'importe quoi pour accomplir ce qui doit être accompli. Toutes les plus grandes qualités humaines sont contenues dans ce mot. Tous les jours, je vois des jeunes gens en armes, certains partent au combat, d'autres reviennent. Sur leurs visages, des sourires qui ne sont ni de la bravade, ni une grimace forcée. Ils sont en état de iakh. Le iakh, c'est le parcours de l'être humain depuis sa naissance jusqu'à l'exploit et la digne mort, jusqu'au point culminant de l'élévation morale et physique. »
Abouzar Aïdamirov est beaucoup plus critique. Il insiste sur les méfaits de l'individualisme de ROUGE, sur le manque de développement spirituel que BLEU pourrait compenser, et sur l'absence de démocratie façon ORANGE : « Toute société repose sur quatre piliers : l'éducation, la santé, la culture et l'économie. Mais la base, c'est l'éducation. Or nous n'avons jamais eu le culte des études. Même dans le folklore, on célèbre le courage, la force, l'audace. Cela induit un faible niveau de conscience collective. C'est pour cela qu'il est si facile d'entraîner les Tchétchènes dans n'importe quelle aventure. […] C'est aussi pour cette raison que les Tchétchènes n'ont aucune cohésion interne, qu'ils ne s'entendent pas entre eux. En outre, notre peuple supporte très mal d'être dirigé. Beaucoup en sont même fiers, affirmant qu'ils n'ont jamais accepté aucun chef et qu'ils ont ainsi constitué une société démocratique à part. Mais, en réalité, c'est là un signe d'arriération. Nous n'avons aucune vision de l'État, aucune idée nationale. […] Les tragédies historiques successives que la Tchétchénie a connues sont le résultat de notre arriération spirituelle. […] Nous étions des anarchistes et nous le sommes restés. Massivement, les Tchétchènes s'opposent à toute soumission aux autres. C'est pourquoi ils sont indifférents aux élections de leurs dirigeants : pour eux, peu importe qui va occuper le poste suprême, ils ne le reconnaissent de toute façon pas comme chef. D'où un certain nihilisme à l'égard des dirigeants. »
Puisque la Spirale Dynamique décrit des systèmes de valeur, laissons la conclusion à Apti Bissoultanov : « En Tchétchénie, le monde n'a plus de masque. On fait l'expérience de la vérité sur la relation entre Russes et Tchétchènes, entre Russes, entre Tchétchènes. Et, par son silence face à la guerre, le reste du monde aussi montre son vrai visage. »
Source 1 : Soultan Iachourkaev, "Iakh", Courrier international, N° 750, 17 mars 2005, p. 31.
Source 2 : Sieglinde Geisel, "La beauté de la poésie n'a plus rien à voir avec la vraie vie", Courrier international, N° 750, 17 mars 2005, p. 37.
Source 3 : Abouzar Aïdamirov, "Nous sommes restés des anarchistes", Courrier international, N° 750, 17 mars 2005, p. 32-33.
sam 6 sep 2008, 07:03