En Nouvelle-Zélande, deux chercheurs, Terrie Moffitt et Avshalom Caspi, ont étudié pendant plusieurs années 442 hommes nés en 1972 et 1973 et appartenant à la même classe sociale. 8% d’entre eux ont subi des mauvais traitements de manière répétitive entre 3 et 11 ans ; 28% ont subi des mauvais traitements occasionnels. Dans les années qui ont suivi, ces enfants maltraités ont été beaucoup plus souvent que les autres violents, criminels, en difficulté scolaire ou manifestant des comportements anti-sociaux.
C’est bien normal, direz-vous. L’éducation conditionne l’expression de la personnalité.
Cependant, tous les enfants maltraités ne manifestaient pas ces comportements agressifs. Les chercheurs ont trouvé la cause de cette différence : le gène MAOA, situé sur le chromosome X, était plus ou moins actif. Les enfants maltraités ayant le gène MAOA peu actif ont commis quatre fois plus de vols, de viols et d’agressions que ceux pour lesquels le gène était très actif.
Cette étude a deux conséquences importantes.
D’abord, elle illustre bien la manière dont la science conçoit aujourd’hui le problème de l’inné et de l’acquis. Le gène MAOA n’est pas suffisant pour provoquer des comportements asociaux chez les enfants. Pas plus que ne l’est la maltraitance au cours de l’éducation. Il faut le gène et les mauvais traitements, l’inné et l’acquis, pour que le trait de caractère se manifeste.
Une parenthèse. Les femmes ont deux copies du chromosome X et donc la probabilité que le gène MAOA soit peu actif est beaucoup plus faible chez elle que chez les hommes. Ceci est peut-être un des éléments d’explication (parmi bien d’autres) de la plus faible agressivité des femmes. Mais quand le gène est peu actif, on retrouve chez les femmes les mêmes comportements anti-sociaux que chez les hommes.
La deuxième conséquence est d’ordre moral. Cette particularité génétique peut assez aisément être détectée par des examens faits sur les enfants maltraités ou sur les enfants ayant commis une première infraction. Il permettrait de faire une prévision assez fiable du risque que ces enfants deviennent anti-sociaux ou criminels. Cependant, il n’existe pas actuellement de traitement efficace et sans risque. Pratiquerons-nous ces tests ? A qui communiquerons-nous les résultats ? Qu’en ferons-nous ?
Comme le dit Matt Ridley, l’ignorance n’est pas une position moralement neutre. Comment informer les citoyens ? Comment utiliserons-nous ce savoir ? Allons-nous définir nous-mêmes la manière morale de gérer une telle situation ou allons-nous, comme dans les époques précédentes, déléguer cette décision aux scientifiques, aux philosophes, aux politiciens ou aux religieux ? Bienvenue au XXIe siècle.
Source : Ridley, Matt. Nature Via Nurture: Genes, Experience, and What Makes Us Human. New York (New York) ; HarperCollins ; 2003.
Commentaires
jeu 20 nov 08, 08:44
Bonjour Aurore, [i]"L'amour est conditionnel à tous les a utres niveaux de la prem [...]
jeu 20 nov 08, 07:44
Bonjour Samy, "Utopiste ?" Je crois. Effective ment, un degré minimum d [...]
mer 19 nov 08, 21:28
Salut, Merci à tous pour ce tte belle discussion. Elle fai t tout à fait sens dans [...]
mer 19 nov 08, 12:50
Bonjour Fabien, Je trouve t oujours très surprenant et dom mageable pour le fonctio [...]
mer 19 nov 08, 08:40
Bonjour Wallace, Tu as tota lement raison sur la légitimit é de la tristesse des co [...]
mar 18 nov 08, 15:06
Je comprends que des députés p uissent avoir du chagrin en pe nsant à la dépression et [...]
mar 18 nov 08, 15:00
Oui, c'est exceptionnel de voi r un journaliste manifester un e telle implication émot [...]
mar 18 nov 08, 07:34
Bonjour Samy, Merci pour ta participation et ton apprécia tion positive sur mon tr [...]
lun 17 nov 08, 10:40
Bonjour Fabien, Je trouve a ussi cette intervention toucha nte et belle. Tu insi [...]